Strate-à-gemmes

Informations
  • Titre VOStrata
  • Sortie VO1981
  • Sortie VF1997
  • GenreScience-Fiction
Résumé

Kin Arad faisait autorité en matière de design planétaire et elle en avait vu des vertes et des pas mûres au cours de sa carrière de créatrice de mondes pour la Compagnie. Elle avait vu de tout dans les strates géologiques : des bottes en caoutchouc écrasant des ammonites fossiles, des dinosaures portant des bracelets-montres ou brandissant des pancartes "À bas le nucléaire". Elle en avait vraiment vu, des choses bizarres...

Mais ça, ça battait tout.

Aucun doute, c'était bien un monde... plat ! Entouré d'une sphère translucide sur laquelle étaient fixées des étoiles. Bref, la Terre telle qu'on se la représentait au Moyen Âge avec son cortège de dragons, de démons et de Vikings. Un monde où, si l'on s'approchait trop du bord, on risquait de tomber dans le vide...

Mais qui avait pu inventer une pareille planète ?

Pour en avoir le coeur net, Kin n'a qu'une seule solution : partir à la recherche des Maîtres du Disque ? direction le centre du monde, un gigantesque dôme de cuivre incrusté dans une île de sable noir...

Éditeurs
  • Pocket
    • Date de Parution08/07/2005
    • Nombre de Pages224
    • Traduction deDominique Haas
    • Illustration deJosh Kirby
    • Dimensions108x177
    • Codes ISBN : 2-266-15606-3
      CLIL : 231502
Points de vue
  • Mirliton le 22/07/2010 - 7/10

    « L'homme est un dieu tombé qui se souvient des cieux ». Mais l'homme de Pratchett est tombé sur la tête, d'où une amnésie quelque peu embêtante. Notamment pour les questions du genre « d'où vient-on », « qui a créé l'univers », « et le reste, d'ailleurs? ». Et en bon amnésique, il ignore qu'il a oublié quelque chose. Comme, par exemple, la quiche dans le four, ou un monde de 12000 km de diamètre au bord de l'apocalypse. Strate-à-gemmes, publié avant la création du Disque Monde, commence comme un livre de science-fiction assez classique pour le lecteur familiarisé avec les univers de dérision de Douglas Adam. Un personnage principal, qui en récupère deux autres au vol (intergalactique, cela va de soi). Un trio hétéroclite qui s'embarque dans une quête mal définie (s'ils en savaient plus, ils seraient restés chez eux, oh oui. Ils n'ont pas encore la sagesse d'un Rincevent). Le tout dans un futur, proche ou lointain, improbable mais curieusement très familier. A son habitude, Pratchett aime faire des clins d'yeux au genre (la SF, en l'occurrence), et aux lecteurs qui restent bien tranquillement les pieds sur Terre (enfin, on espère) et qui concluraient trop hâtivement que cette histoire est bien loin de leur monde. Pour commencer, le livre fourmille d'allusions à quelques univers marquants de SF. Des rescapés du Rendez-vous avec Rama flottent entre les pages au détour d'un chapitre, les dieux étranges de 2001 Odyssée de l'espace n'ont pas complètement disparu, et les Vogons bâtisseurs d'autoroutes intersidéraux du Guide du Voyageur Galactique ont motivé d'ambitieux architectes. Sans parler des fameuses souris qui ont construit la Terre comme un gigantesque ordinateur à l'échelle galactique (dixit Douglas Adam): à part que chez Prachett, les constructeurs sont humains, et oublient parfois une paire de bottes entre 2 strates géologiques. Quand des blagueurs ne laissent pas un panneau « Non au nucléaire » entre les pattes d'un dinosaure fossile. Et les grands thèmes de la SF sont là, voyage supraluminique, télépathie, robots parfois trop humains (dans les films, ce sont les humains qui jouent les robots: ces derniers n'arrivent pas à entrer dans le rôle...), extra-terrestres à foison, Terres multipliées au gré de la conquête spatiale, quête de l'immortalité médicalement assistée, Compagnie tentaculaire gardant la main-mise sur les technologies modernes... Mais, comme d'habitude (ou plutôt: comme ce sera son habitude ^^), Pratchett parle surtout de notre monde. Une humaine doit s'entendre avec « un ours qui a quelques morses dans son arbre généalogique », et une « grenouille guerrière à quatre bras »: c'est l'occasion de quelques réflexions sur le racisme et l'anthropomorphisme. Les humains veulent à tout prix tout savoir, sur l'univers et sur le reste. Et au passage, tout dominer. Rien de neuf depuis un million d'années, quoi... Il est toutefois dommage que tout aille si vite dans ce roman. Pratchett enchaine les planètes et les découvertes sans trop laisser aux héros le temps de se poser, sans prendre le temps d'expliquer plus précisément le fonctionnement de cet univers. C'est ainsi que l'on apprend, à la moitié du roman, que la Terre est en fait quelque peu différente de la nôtre. Une bagatelle: Remus ayant vaincu Romulus, Rome est en fait Rème. Et tout à l'avenant. Il semblerait notamment que le christianisme n'y ait pas vu le jour. On aurait tellement aimé que la plume acérée de Pratchett se penche un peu plus sur cette Terre-presque-pareille! Et surtout, on voit surgir de très sympathiques personnages secondaires dont les caractéristiques et le destin sont trop souvent éludées. Ainsi, dans les premières pages, un courageux petit robot aspirateur s'interpose, toutes brosses dehors, entre son propriétaire et un éventuel agresseur. Plus loin, l'héroïne croise un jumeau du cousin Machin (« Une très grosse cloche velue qui sautillait sur un pied pour ne pas se laisser distancer ») qui se révèle être un lecteur réclamant un autographe. Entre autres espèces étranges, on croisera très brièvement un elfe (mais en était-ce bien un?), des démons, des dragons... Mais toujours selon le même principe: ils traversent la page en vitesse, et le lecteur familier des descriptions jubilatoires et détaillées du Disque Monde reste sur sa faim. On lui promet régulièrement un petit festin d'étrangeté humoristique, et il doit se contenter de l'apéritif... Le style est toutefois bien pratchettien, il est même étonnant de voir l'histoire se développer selon une structure beaucoup plus solide que les premiers tomes du Disque Monde. Et en parlant de Disque... il est déjà là. Himself, en terre et en mythes, sans ses éléphants ni sa tortue (il y en a bien une dans l'océan, mais elle n'est pas un appui bien solide...), mais c'est lui. Un monde où la terre est plate, les légendes sont vraies, et l'eau de mer tombant du Bord remonte toute seule (comme dit Pratchett, on s'arrange!). C'est jubilatoire de tomber sur cet ancêtre de SF du Disque-Monde, où tout fonctionne déjà de traviole, mais fonctionne quand même. Bref, Strate-à-gemmes est un roman pour les amateurs du Disque Monde curieux d'en savoir plus sur la genèse littéraire de leur disque préféré, mais c'est aussi un roman de SF intéressant, même s'il n'a pas le souffle d'un Grand.