Roublard

Informations
  • Titre VODodger
  • Sortie VO13/09/2012
  • Sortie VF24/10/2013
Résumé

Résumé L'Atalante :

Roublard est un « ravageur », un de ces miséreux qui draguent les égouts du Londres de Dickens en quête de menue monnaie ou d’objets de valeur.

Tous les résidents des bas-quartiers le connaissent, aucun résident des beaux-quartiers.
Il sait quel avenir l’attend : un avenir obscur de conduits en brique et d’immondices. Mais, quand il sauve une jeune femme d’un passage à tabac, son avenir s’obscurcit vraiment.
Maintenant, tous les résidents des beaux-quartiers veulent lui mettre le grappin dessus.

Ce livre, à peine mâtiné de fantastique, est un hommage à Dickens, qui apparaît d’ailleurs dans le livre. Artful Dodger est, à l’inverse, un personnage d’Oliver Twist, ami d’Oliver qui tente de le former au métier de pickpocket.
« Artful Dodger » est devenu une façon de nommer quelqu’un qui se préoccupe peu de la conséquence de ses actes.



Résumé Transworld (notre traduction) :

Dans une Londres alternative dirigée par la jeune reine Victoria, un jeune garçon entreprenant peut trouver aventure et possibilités, s'il est très intelligent, et très très chanceux. Filou a la cervelle, la chance (et le culot) de s'en tirer seul.

Tout le monde connait Filou, et tout le monde aime Filou. Ce qui est une bonne chose parce que la vie d'un garçon des rues est tout sauf facile. Et elle est sur le point de se compliquer sérieusement à la manière d'une simple coupe de cheveux devenue capitale lorsque Filou interrompt involontairement le barbier meurtrier Sweeney Todd.

Des démélés de Filou avec des méchants fictifs à ses rencontres avec Darwin, Disraeli et Dickens, l'histoire et la fantasy entremêlent dans un conte époustouflant l'aventure et le mystère, le mûrissement inattendu, et l'essor d'un garçon remarquable dans un monde complexe et fascinant.

L'auteur réputé et apprécié Terry Pratchett donne le meilleur de lui-même, combinant une bonne comédie avec une profonde sagesse pour le délice des fans jeunes ou anciens.

Éditeurs
  • Transworld
    • Date de Parution13/09/2012
    • CollectionDoubleday Childrens
    • Nombre de Pages400
    • Prix£18.99
    • Illustration dePaul Kidby
    • Codes ISBN : 9780385619271
  • L'Atalante
    • Date de Parution24/10/2013
    • CollectionLa Dentelle du cygne
    • Nombre de Pages416
    • Prix21 €
    • Traduction dePatrick Couton
    • Illustration dePaul Kidby
    • Codes ISBN13 : 9782841726509
Points de vue
  • Leïa Tortoise le 15/12/2012 - 7/10

    Le nouveau roman de Terry Pratchett, Dodger, n'est pas de la série du Disque-monde. Il avait été mentionné que son univers était le même que dans Nation, mais en fait c'est plutôt l'époque: alors que Nation se déroulait sur une petite île au bout de la terre, où les standards de la société victorienne n'étaient représentés que par une jeune fille échouée bien loin de tout ça, avec Dodger on est vraiment plongés dans l'époque victorienne en plein coeur de Londres.
    Dodger, dans le Oliver Twist de Dickens, c'est le plus malin des filous de la bande du vieux juif Fagin.

    Ici, c'est un peu différent: Dodger est un tosher, un gars qui se balade dans les égoûts pour récupérer la monnaie et les objets perdus qui y sont drainés. Il vit dans une mansarde avec Solomon Cohen, un vieux juif qui fait un peu de joaillerie à ses heures. Et un chien malodorant, Onan.

    Solomon parle plusieurs langues, s'est échappé d'innombrables pays, cuisine diablement bien, et bien sûr maîtrise l'argent comme un juif, mais il n'est pas un maître voleur. Dodger n'a pas son pareil pour repérer un demi-centime derrière un caillou boueux ou arpenter les galeries sans lumière, et il a parfois la main baladeuse en général, mais il n'est pas vraiment un cambrioleur non plus.

    Ils sont simplement des gens de la rue, qui ont déjà de la chance d'avoir un toit, et qui survivent simplement dans ce milieu qu'ils maîtrisent parfaitement - Dodger est une figure parmi les toshers, et il entretient méticuleusement sa popularité de type que tout le monde connaît et qui connaît tout le monde, ce qui est toujours utile dans la rue...

    Jusqu'à ce que, par un terrible orage, Dodger suive une impulsion héroïque pour sauver une jeune femme maltraitée tombée d'une diligence et d'une sale situation...

    A partir de là, il va rencontrer Charles Dickens himself, et Henry Mayhew (auteur de "The London labour and the London poor", grande inspiration pour Pratchett) - deux gentlemen qui aiment se balader dans les quartiers miséreux et côtoyer les pauvres, pour mieux saisir et s'efforcer de dénoncer l'ampleur de ces conditions inhumaines - et par là, d'autres grandes personnalités, comme Disraeli ou Sir Robert Peel, et globalement se retrouver embarqué dans une affaire qui dépasse largement sa petite vie tranquille.

    Mais Simplicity, comme est appelée la belle secourue à défaut de connaître son vrai nom, lui semble enluminer le monde, et voilà que Solomon s'énerve contre le potentiel frustrateur du jeu des 7 familles qui semble alors être très à la mode, qui ne fait qu'entériner une structure sociale bien établie et inaccessible pour les plus désavantagés...

    "Young man, the games we play are lessons we learn. The assumptions we make, things we ignore and things we change make us what we become.
    It was biblical stuff, right enought. But when Dodger thought about it, what
    was the difference? The whole of life was a game. But if it was a game, then were you the player or were you the pawn? It seeped into his mind that maybe Dodger could be more than just Dodger, if he cared to put some effort into it. It was a call to arms; it said: Get off your arse!"

    Alors ouais, Dodger va se bouger le cul. Et la débrouille, les astuces, le filoutage, ça le connaît! Pour une meilleure allure, la friperie peut faire l'affaire pour commencer, et une vraie coupe de cheveux chez un vrai coiffeur est un bon début aussi.
    C'est là que décidément, l'héroïsme ne le lâche plus, puisqu'il se retrouve à devoir écarter le rasoir de Sweeney Todd...

    Et comme l'explique si bien Charlie, qui aiguille sa popularité naissante par ses articles au Morning Chronicle: peu importe la version des faits honnête de celui qui ne se considère pas comme un héros, les gens ont besoin de héros et en verront un là où ils veulent en voir un, qu'il le veuille ou non.

    "Dear Mister Dodger, the truth, rather than being a simple thing, is constructed, you need to know, rather like Heaven itself. We journalists, as mere wielders of the pen, have to distil out of it such truths that mankind, not being god-like, can understand. In that sense, all men are writers, journalists scribbling within their skulls the narrative of what they see and hear, notwithstanding that a man sitting opposite them might very well brew an entirely different view as to the nature of the occurrence."
    "[...] the truth is a fog, in which one man sees the heavenly host and the other one sees a flying elephant."


    Cette citation est la première qui m'a vraiment marquée au point de m'interrompre pour la noter, j'aime énormément cette réflexion sur la vérité, et il s'est trouvé qu'elle est une clé du livre entier ^^

    Mais la vérité, c'est aussi que Simplicity fuit un mari violent et surtout très important, et la situation est délicate. Avec ça, il semblerait qu'un assassin insaisissable s'intéresse d'un peu trop près à elle et à Dodger.

    Mais Dickens est lui aussi un type qui connaît beaucoup de monde, et il mise beaucoup sur Dodger! Très vite, celui-ci gagne en standing et en réputation, entraînant avec lui son fidèle mentor Solomon, qui se charge de le mettre au jus sur les manières de la bonne société, de leur obtenir de beaux habits chez un vrai tailleur, jusqu'au chapeau que Dodger choisit très haut de forme (comment peut-on ne pas penser à Terry lui-même à ce moment-là ^^).

    Et pendant qu'ils se mettent à côtoyer de plus hautes sphères, c'est l'occasion de pas mal de jolies réflexions sur les différences sociales...

    "Three days! It was as if the world was moving too fast, laughing at Dodger to keep up with it. Well, he would chase the world and take what came and deal with it. Tomorrow he would be attending a wonderful dinner at a place where there was certainly going to be Simplicity, and it appeared to him as tiredness built up that the important thing in all this was how you seemed and he was learning how to seem. Seem to be a hero, seem to be a clever young man, seem to be trustworthy. That seemed to fool everybody, and the most disconcerting thing about this was it was doing the same to him, forcing him on like some hidden engine."

    "Maybe that's how it goes, he thought. The more you've got, the more worried you become, just in case you lose it. If money gets a bit short, then you might be worrying about losing your nice house and all those pretty little ornaments.
    Dodger hadn't ever worried too much about anything beyond the important things - a decent meal and a warm place to sleep."


    "Mmm, said Solomon. That is because mmm the government thinks mostly about all the people - they are not very good at individuals (...)"

    Et bien sûr, Dodger a un plan, comme l'escomptait Charlie, un plan que seul quelqu'un d'aussi "extérieur" - et plein de ressources - que Dodger pouvait concocter et réaliser...

    Un autre clin d'oeil qui m'a immensément ravie, c'est une petite escapade dans le Somerset, région devenue chère à mon coeur avec mes multiples voyages à Wincanton et son consulat morporkien

    "She seemed very keen to speak like they did in the Somerset accent, which might have been called bucolic because it was slow. It was indeed slow, because it dealt with things that wereslow - like cheese and milk and the seasons, and smuggling and the brewing of fiery liquors in places where the excise men dared not go - and in those places, while the speech was slow, thought and action could be very fast indeed."

    Au final, bon, ce n'est pas le chef d'oeuvre que j'escomptais (non parce que Pratchett + Londres victorienne avec Dickens, c'était quand même un ultra combo très prometteur), mais c'est un bon Pratchett: bourré d'un comique prosaïque, de personnages réalistes et attachants, de réflexion sur plein de choses (je retiens surtout celle sur la condition de la femme, qui devrait toujours être en mesure de s'affranchir d'un mauvais mari quelle que soit sa condition), et d'un univers très documenté - mention spéciale au monde souterrain des toshers, avec ses codes, son folklore, et la vie des rues miséreuses en général - même s'il avoue et corrige quelques menues distorsions historiques en postface qui ne distordent pas grand chose.

    Le petit défaut que je lui trouve, par contre, c'est d'être assez prévisible, et j'ai l'impression que ce n'est pas seulement parce que je connais bien Pratchett et ses ficelles habituelles, ni aussi à force de teaser et d'attendre tellement de ce bouquin... Il manque juste la haute dose de jubilation qui me fait vibrer quand je lis du Pratchett.
    Mais ça n'en reste pas moins une lecture fort agréable!

    A noter enfin que comme j'avais pré-commandé une édition spéciale de Waterstones, je dispose en fin d'ouvrage d'un petit supplément, le "Guide to the Wise Sayings of Solomon Cohen", qui en fait n'a rien d'un contenu bonus inédit, c'est simplement quelques citations de ce personnage extraites du roman - ce qui peut être sympa quand même: vu le personnage, y'a du bon ^^