Coup de tabac

Informations
  • Titre VOSnuff
  • Sortie VO13/10/2011
  • Sortie VF25/10/2012
Résumé

Blousé, Vimaire.
Dame Sybil, son épouse aimante, lui impose quinze jours de congés à la campagne dans le manoir familial. La vie de hobereau, rien de folichon pour le commissaire divisionnaire du Guet d’Ankh-Morpork, non plus que la déférence servile qu’on lui témoigne, à lui qui tient pour article de foi que les hommes sont tous les mêmes le pantalon baissé.

La tradition le veut, le flic en vacances n’a pas ouvert sa valise que le premier cadavre lui saute à la figure. Mais ce n’est pas un meurtre ordinaire qui attend Vimaire, c’est un crime contre l’existence et la dignité d’une espèce entière.

Qu’importe s’il est hors de sa juridiction, si les repères lui manquent dans le monde rural et si l’on s’acharne à le mener en bateau, la justice doit passer.

Éditeurs
  • L'Atalante
    • Date de Parution25/10/2012
    • Collection La Dentelle du cygne
    • Nombre de Pages480
    • Prix21,00
    • Traduction dePatrick Couton
    • Illustration dePaul Kidby
    • Dimensions13x18 cm
    • Codes ISBN13 : 9782841726110
Points de vue
  • A.S. Byatt (The Guardian) le 21/10/2011

    Critique: A.S. Byatt (The Guardian) Traduction: Anilori Le mot « snuff » [tabac à priser, ndlr] a d’agréables connotations : un stimulant de l’ancien temps, que l’on conservait dans d’élégantes petites boîtes et que l’on inhalait avec grâce en société. Il évoque aussi la mort brutale et arbitraire, comme dans l’expression « snuff movies ». Le nouveau roman de Terry Pratchett fait le rapport entre les deux. Le commissaire divisionnaire Vimaire, duc d’Ankh, est convaincu – ou forcé – de prendre des vacances dans l’immense manoir campagnard de sa femme, Dame Sybil. ATTENTION SPOILERS Il y découvre un réseau de contrebande dirigé par les membres de la noblesse locale, qui font passer dans les villes des drogues dures, destructrices pour les jeunes trolls urbains, par barges et par bateau. Ils font également commerce d’êtres vivants, des gobelins, qui ne sont pas considérés comme des gens. Les parallèles avec la vénalité de notre propre société sont faciles à faire : abus de privilèges, trafic de comptes, yeux fermés. Vimaire est fidèle à lui-même, avec son obstination et ses instincts issus de la rue ; il apprend rapidement à profiter au maximum des habitudes des auberges de campagne et à améliorer le travail de la police locale. L’intrigue avance à un bon rythme, avec pour point culminant une course-poursuite à couper le souffle sur un convoi de barges secoué dans tous les sens sur un fleuve en furie surnommé le Vieux Traîtreux. Fin des spoilers Pratchett a écrit plusieurs histoires du Disque-Monde dans lesquelles des espèces maltraitées et méprisées sont décrites, leur comportement expliqué, et intégrées dans la société. Dans Pieds d’Argile et Monnayé, Mlle Adora Belle Chercœur est à la tête du Comptoir des Golems, et ceux-ci, de simples automates de glaise, deviennent des êtres doués de pensée et de parole. Dans Allez les Mages !, M. Daingue est un orc, une créature capable d’une grande violence, qui devient un héros érudit et plein de ressources. Dans les premiers tomes, le commissaire Vimaire était facilement capable de « spécisme », aux dépens des nains, des trolls, des gargouilles et des zombies qui composent le Guet. Dans plusieurs livres, Pratchett lui-même a paru hostile aux vampires – mais, comme il a une tendance naturelle à imaginer toutes ses créatures de manière complexe et compréhensive, il nous a donné M. Otto Chriek, un photographe qui porte le « ruban noir », symbole de son renoncement au sang, et doit être reconstitué au moyen d’une goutte de sang chaque fois qu’il se fait réduire en poussière par le flash de son appareil. Ailleurs, Vimaire est persécuté par un diablotin vert résidant dans son « désorganiseur », un cadeau de sa femme, et par un comptable méticuleux du nom d’A.A. Pessimal, envoyé par le Patricien pour mettre de l’ordre dans ses papiers. Ces deux personnages, d’abord énervants, sont rachetés par le narrateur : le diablotin s’avère d’une grande aide, et le comptable se comporte en héros lors d’une bataille. ATTENTION SPOILERS Dans Snuff, ce sont les gobelins qui sont au centre de l’attention : un misérable groupe de créatures chétives qui sentent mauvais, vivent dans des trous sombres et pleins de saleté, volent des poules et d’autres choses. Ils ne sont pas considérés comme humains, ou comme des créatures intelligentes, de sorte qu’ils peuvent être achetés, vendus, et réduits en esclavage. Comme on peut s’y attendre, et en être satisfait, c’est Vimaire qui prend les armes pour eux pour les sauver de la captivité. Il est aidé par une auteure de livres pour enfants du nom de Felicity Beedle [ndt : qui sera sans doute traduit par Félicité Bedeau ?], auteur de Melvin et l’Enorme Furoncle ? Daphné et les Cureurs de Nez et L’Enorme Problème de Gaston. Mlle Beedle est l’Adora Belle Chercœur de Snuff : elle apprend à lire aux gobelins et découvre parmi eux un immense talent musical. Ce livre porte un grand intérêt aux fluides corporels, aux excrétions et aux excréments. Dame Sybil explique à Vimaire que Mlle Beedle fait lire les enfants en écrivant sur ce qui les intéresse. Vimaire se plaint qu’ils « lisent des histoires de caca et de canetons crevés », et Sybil répond calmement que c’est bien ce qui passionne les enfants d’un certain âge. En fait, leur fils, le petit Sam, montre des signes d’aptitude scientifique précoce avec sa collection de diverses sortes de caca. Les gobelins, eux, suivent la religion de l’ « unggue », qui les incite à recueillir leurs diverses secrétions corporelles, morve, cérumen et rognures d’ongles, pour lesquelles ils fabriquent des récipients façonnés avec beaucoup de soin, les « pots à unggue », de formes et matières variées. Un des principaux dons de Pratchett, en tant qu’auteur, est l’énergie avec laquelle il nous en dit toujours plus que l’on n’en attend – sa description des pots est aussi claire que complexe. Un des avantages d’un univers continu, plein de gens et de créatures, est que ceux-ci peuvent se développer à leur rythme. Le personnage concerné dans Snuff est Villequin, le majordome de Vimaire, qui, lors de ses premières apparitions, était roide et guindé, persistant à vouloir raser son maître, qui le lui interdisait. Dans Va-t-en-guerre, un des meilleurs tomes de la série, il rejoint l’armée du seigneur Rouille pour combattre les Klatchiens dans le désert, et arrache le nez d’un ennemi avec ses dents. Dans ce tome-ci, il s’avère être originaire de la rue, tout comme son employeur, et posséder toute une collection d’armes dissimulées et inhabituelles. Il peut s’occuper du méchant d’une manière dont Vimaire, retenu par les règles de sa profession, est incapable. Le méchant de ce livre est un assassin d’hommes et de gobelins nommé Stratford, dont l’absence de conscience est une forme de stupidité, comme pour beaucoup de méchants chez Pratchett. (Mon préféré est l’épouvantable M. Lépingle [ndt : il s’agit en fait de son collègue Tulipe, of course], dans La Vérité, un expert à l’œil exercé pour tout ce qui est œuvres d’arts, mais sniffe n’importe quel substance – par exemple, de la poudre à récurer – sur laquelle il peut mettre la main.) Dans Snuff, le véritable méchant est le fils du seigneur Rouille, contrebandier et esclavagiste, aussi arrogant que – là encore – stupide. Fin des spoilers Pratchett est un maître conteur. Son inventivité est sans fin, même quand il raconte une histoire classique. Il donne plus d’information et plus d’intrigue qu’il n’en faut, simplement parce qu’il le peut, et toujours de façon entièrement satisfaisante. Il est le maître des plaisanteries complexes, des bonnes blagues idiotes, des bonnes blagues absolument désastreuses, et d’une sorte de sagesse insidieuse à l’égard de la nature humaine (et d’autres genres de natures non-humaines). Je crois que ses notes de bas de pages loufoques sont là parce que son esprit ne peut pas s’arrêter de tourner à toute allure, et nos esprits à nous tournent avec le sien. Je lis ses livres au galop, et je les relis à chaque fois que je suis malade ou épuisée.

  • BookieMonster le 29/11/2011

    Critique: BookieMonster Traduction: Anilori Tout nouveau tome des Annales du Disque-Monde est une occasion de se réjouir. Quand je serai vieille et infirme, je ne lirai plus rien d’autre que le Disque-Monde (ou peut-être que je l’écouterai ; cela dépendra de mon état de santé). Snuff est le 39e (oui, vous avez bien lu, 39e), et il nous ramène une nouvelle fois auprès du commissaire divisionnaire Sam Vimaire du Guet Municipal d’Ankh-Morpork. Cependant, dans Snuff, Sam n’est pas dans son élément habituel, puisqu’il est en vacances. Mais il s’agit de Sam Vimaire, les amis. Et Sam Vimaire, les vacances, ce n’est pas son truc. Il y a des choses étranges à la campagne, et je ne parle pas seulement des autochtones ni des dindons. Et s’il y a une chose qui est son truc, à Vimaire, c’est bien de poursuivre le crime et d’amener les criminels devant la justice. Allez les mages ! nous avait fait découvrir la version discale des orcs, et Pratchett continue sur cette lancée dans Snuff, où il fait figurer des gobelins, dans le style typique du Disque-Monde. Il aborde aussi les thèmes du génocide, de l’esclavage et du massacre, qui n’ont vraiment rien à faire dans une histoire aussi touchante, drôle et passionnante que Snuff - sauf que c’est Pratchett, alors évidemment qu’il le fait. Snuff suit le schéma classique des aventures de Vimaire, et il reste tout aussi réussi que la toute première fois ( Au Guet !, pour ceux qui se poseraient la question). Il y a beaucoup d’action, la réapparition des Ténèbres qui Convoquent, dont Sam a fait la connaissance dans Jeu De Nains, et la délicieuse Sybil, qui est la cerise sur le gâteau de toutes les aventures de Vimaire. On y trouve aussi d’excellentes allusions au genre policier et à Jane Austen. Après 39 tomes des Annales du Disque-Monde, Pratchett n’a toujours pas fait un seul faux pas, il n’a jamais répété deux fois la même histoire ni versé dans l’auto-parodie. Sam Vimaire est devenu (à mon très humble avis de BookieMonster) un des personnages les plus réussis de la littérature moderne ; il possède profondeur, complexité, certitudes, douceur en même temps qu’une touche de dureté très humaine. Il est profondément admirable et sympathique. Vimaire est, maintenant, la meilleure création de Pratchett, et il me semble bien qu’à chaque nouveau tome, il a un peu plus de son auteur en lui. D’accord, je me laisse emporter par l’enthousiasme, mais je ne peux pas m’en empêcher, chaque livre de Pratchett est une joie à lire, et chacun de ses livres pourrait être le dernier. Si ce n’est pas encore fait, vous devez le découvrir maintenant, collectionner tous ses livres, les lire, les relire, et les léguer à vos enfants.

  • Mark Lawerence (Express) le 16/10/2011

    Critique: Mark Lawerence (Express.co.uk) Traduction: Anilori Terry Pratchett a un don pour manier les mots. Comme les clowns qui font des animaux avec des ballons, il peut s’emparer d’une expression familière, et, en quelques tours habiles, créer un nouveau jouet, plus beau que tous les autres ca deaux de la fête. Réussir ce tour une ou deux fois, c’est bien. Le maintenir le long d’un livre entier, c’est remarquable. Continuer à le faire avec la même fraîcheur au bout d’une série de trente-neuf tomes, cela mérite un titre de chevalier. Snuff est le cinquantième livre de Pratchett, et sa plus récente occasion de s’aventurer sur le Disque-Monde, avec un nouveau tome de la série-phénomène dont le succès ne se dément pas depuis 28 ans maintenant. Ce roman suit un des personnages les mieux établis du Disque-Monde, le policier Sam Vimaire, sur un terrain inhabituel. Flanqué de sa femme et de son fils, Vimaire vit ses toutes premières vacances à la campagne. La police d’Ankh-Morpork fournit l’essentiel des personnages de cette histoire, qui puise dans une réserve bien garnie de personnages aimés. Le seigneur Vétérini, dirigeant d’Ankh-Morpork, fait une apparition très appréciée au début et à la fin du livre, manipulant toujours secrètement le déroulement des événements - de sorte que l’on se doute bien que le havre de paix bucolique du commissaire Vimaire ne sera pas si pacifique que cela. Nous avons droit non seulement à une énigme policière avec meurtre, mais à un traitement varié du thème du caca, une présentation intéressante de la race gobeline et de ses particularités, et une critique sociale à large portée. Il n’est pas inhabituel pour Pratchett de faire du Disque-Monde un miroir où satiriser tous les aspects de notre monde, de l’inique à l’inoffensif. Dans Snuff, la critique est peut-être moins subtile que d’ordinaire. On y apprend qu’opprimer les minorités (les gobelins) est mal, et que le système de classes sociales, avec sa distribution inégale des richesses, n’est pas intelligent. Le principal point faible de Snuff est que son héros nous est si familier que l’histoire manque de suspense. On sait que le commissaire Vimaire s’en sortira. Cependant, Snuff est intéressant et montre tout le génie de Pratchett en action. Il sait nous faire nous émouvoir pour ses créations, et sait mettre en œuvre le pathos au milieu de l’humour.

  • C.A. Bridges 24/7 (Go386) le 11/10/2011

    Critique: C.A. Bridges 24/7 (Go386) Traduction: Anilori Snuff de Pratchett : de quoi faire un tabac Sir Terry Pratchett a sorti le trente-neuvième tome de l’immensément populaire série « les Annales du Disque-Monde », et pour beaucoup de gens de par le monde, c’est tout ce qu’ils ont besoin de savoir pour aller l’acheter. Au revoir, mesdames et messieurs, pensez à faire vivre votre librairie de quartier. Pour les lecteurs qui auraient besoin d’un peu plus d’information, le Disque-Monde est un univers de fantasy, plat et posé sur le dos de quatre gigantesques éléphants qui se tiennent eux-mêmes sur une tortue encore plus immense, volant à travers l’espace. Et tout ça ne vous dit rien du tout, parce que a) ce n’est pas tellement plus loufoque que n’importe quelle autre cosmologie et b) ça n’a rien à voir avec le nouveau roman, Snuff. Ce qu’il vous faut vraiment savoir, c’est que même si le Disque-Monde a commencé par d’hilarantes parodies burlesques des romans, des univers et des clichés de la fantasy, ils ont évolué et se sont approfondis au fil du temps, devenant des satires aussi élégantes qu’hilarantes de… à peu près tout, en fait. L’opéra. Le cinéma. Les films policiers. La monarchie. La politique. La guerre. Les sorcières. Les pyramides. Les vampires. Le journalisme. L’Australie. Tout ce qui inspire l’auteur, et c’est un gars plein d’inspiration. La technologie et la société de ce monde sont, essentiellement, celles de l’Angleterre au sortir de l’ère victorienne (avec quelques ajouts significatifs du style : magie, trolls, loups-garous, etc.), et il comprend toute une liste de personnages prêts à se colleter à toutes les situations. Cette fois, nous avons le Policier en Vacances. Sa Grâce, Son Excellence, le duc D’Ankh, Samuel Vimaire – qui, jusqu’à il y a peu, n’était que Sam Vimaire, commissaire fatigué et alcoolique du Guet Municipal d’Ankh-Morpork, la cité la plus violemment intéressante du Disque – a subi, au cours de plusieurs tomes, une ascension sociale qui l’a mené du flic de patrouille à un membre respecté, quoique réticent, de l’aristocratie (mais qui restera toujours, au fond, un flic de patrouille). Son épouse, Dame Sybil, lui a fortement suggéré de prendre des vacances, et les voilà donc partis pour son domaine à la campagne, accompagnés de leur jeune fils Sam et de l’irremplaçable majordome Villequin. Et quand un flic prend des vacances, on dirait qu’il y a toujours des crimes dans les parages – en l’occurrence, de la contrebande et une gobeline morte. Contrairement aux autres races non-humaines du Disque, les gobelins sont universellement considérés comme étant de la vermine. Ils sont sales, ont des coutumes que l’on peut considérer comme répugnantes, ont l’air grotesque. Ils ont aussi une langue, des œuvres d’art, des familles, ils créent des pots d’une beauté extraordinaire ; et quand l’une d’entre eux est assassinée pour la simple raison qu’il faut du sang sur une scène de crime pour impliquer Vimaire, ce dernier a du pain sur la planche pour faire justice d’un acte que personne ne semble considérer comme un crime, alors qu’il n’est pas dans son élément, ni dans sa juridiction. Les Annales du Disque-Monde se divisent en catégorie, et j’aime tous les livres dont Vimaire est le héros. Celui-ci ne semblait pas aussi intense que les précédents, sans doute parce que, maintenant, je suis à peu près sûr que Vimaire ne perdra pas la bataille ; et, malheureusement, il manque à Snuff un méchant intéressant ou un véritable défi. Mais la vision profondément cynique du héros sur à peu près tout les sujets vaut toujours la peine, et c’est on ne peut plus amusant de voir ce rat des villes s’agiter dans la campagne. (« C’était le monde à l’envers ! Il était flic, il mourrait flic. C’était quelque chose que l’on était à vie, en général. En flic, il parcourait la cité, plus ou moins invisible, sauf pour les gens qui se faisaient un métier de repérer les flics, et dont le gagne-pain exigeait qu’ils voient avant d’être vus. Mais sinon, on faisait partie du décor, jusqu’à ce qu’un hurlement, un son de verre brisé et le bruit de pas félons nous ramène au premier plan. Mais ici, tout avait les yeux fixés sur lui. Des formes disparaissaient derrière une haie, s’envolaient à tire-d’aile, paniquées, ou se contentaient de faire des bruissements suspects dans les fourrés. ») Il est aussi question de la vie à la campagne, de l’impérialisme, des distinctions entre classes sociales, de la nature de la Loi, de l’importance du caca, de comment commencer et comment arrêter une bagarre dans une auberge, et bien, bien plus encore. C’est le cinquantième livre de Sir Terry, et il a l’air d’être encore en forme.