Terry Pratchett

Interview de Terry Pratchett par Emily S. Whitten

Écrire le Disque-Monde, le football et Unseen Academicals


Emily : Oui, d'accord. Donc, pour parler du Disque-Monde : quel est le tome que vous avez préféré écrire, et – c'est peut-être la même chose – lequel a été votre préféré par la suite, celui que vous aimez le plus, ou qui s'est avéré le meilleur ?

Terry : Au Guet ! a été très amusant à écrire. Enfin, ils l'ont tous été. Je mets certainement plus de moi-même dans les livres pour la jeunesse, sans l'ombre d'un doute. Je les vis plus que je ne les écris, presque ; tout particulièrement les Tiphaine Patraque. Parce que, même si c'est toujours le Disque-Monde, ils sont légèrement à l'écart du reste, et il y a beaucoup de raisons subtiles qui l'expliquent. Je voulais faire en sorte que la série pour la jeunesse ne suggère à personne qu'il fallait lire les livres pour adultes pour la comprendre. D'accord, Mémé Ciredutemps et les autres sorcières oscillent entre les livres pour adultes et ceux pour la jeunesse, et Tiphaine s'en va vers la grande ville, qui n'est jamais nommée, mais il y a une université de mages, donc on sait tous de quelle ville il s'agit. Mais Tiphaine, elle, n'a pas besoin d'en savoir beaucoup, parce qu'elle n'y reste pas très longtemps ; cela ne fait pas partie de son monde.

Les tomes du Guet ont toujours été très agréables à écrire ; quand j'écrivais Jeu de Nains, c'était un livre vraiment intense, surtout à la fin. Cette scène où Vimaire est dans les cavernes et récite « Où est ma vache ? » à son fils – et son fils, à quinze kilomètres de là, ouvre les yeux, parce que, d'une façon ou d'une autre, il entend son papa lui lire son livre – c'était vraiment intense à écrire... donc oui, tout ce qui concerne Vimaire est vraiment agréable à faire. Et Jeu de Nains a aussi beaucoup de scènes avec Vétérini, que j'aime beaucoup écrire aussi.

Emily : D'accord. Maintenant, parlons du livre que vous êtes en train d'écrire, parce que je me souviens que vous avez mentionné Unseen Academicals, mais vous avez aussi dit quelque chose à propos de I Shall Wear Midnight.

Terry : I Shall Wear Midnight sera le prochain avec Tiphaine Patraque, et Unseen Academicals, c'est... vous savez, les gosses m'écrivent et me disent : « Pourquoi vous ne faites pas un livre sur les pirates ? » Et je réponds : « Pour dire quoi sur les pirates ? » « Ben, vous savez, les pirates quoi. » Ben, ce n'est pas très intéressant d'écrire sur des pirates qui se contentent de pirater. On peut leur faire piller des bateaux et dire « yo ho ho ». Et c'est tout ; il n'y a rien à en faire. Et donc, voilà, un tome du Disque-Monde sur le foot. D'accord, les blagues sur le foot, ça peut être drôle... je parle de football européen, là, entendez. D'ailleurs, vous commencez à en entendre parler en Amérique, parce que les mamans n'aiment pas voir leurs enfants se faire éclater la figure en jouant au football américain. Ce qui peut se comprendre. Le football américain me fait l'effet d'être du rugby pour mauviettes.

Emily : Avec beaucoup trop de pauses.

Terry : Oui, oui. C'est une alternance de violence et de réunions en comité. [Il imite un quarterback] 5 9 26 13 pi ! et là ils se précipitent tous, ils jettent le ballon en l'air et personne n'a la moindre idée de ce qui se passe. Tandis que même moi, j'arrive à voir que dans une équipe de foot, une bonne équipe de foot – même moi, qui déteste ça, je peux voir qu'une bonne équipe de foot peut vraiment devenir, l'espace d'un instant, une créature merveilleuse, avec ses multiples parties distinctes qui parviennent à fonctionner ensemble pour amener le ballon là où il doit être. Et c'est un tel moment qui nous rapproche tous un peu plus du paradis. Ah ah ! Rendez-vous en enfer, Nick Hornby [ndt : auteur de Carton jaune, livre sur Arsenal et le foot en général] !

Même moi, j'arrive à voir ça. Et je ne le vois pas dans le football américain. C'est seulement « on s'accroupit, on se donne l'air d'un catcheur poids lourd qui s'est pris une Volkswagen », et... j'abandonne ! Je ne vois pas. Et puis un autre gars arrive, et notre tour est terminé, et puis l'entraîneur fait des bonds, et... je ne comprends pas. Je ne comprends pas. Au moins, au rugby, on a des types en forme qui se tabassent dans la boue.

Emily : Qui se jettent les uns les autres par terre et tout.

Terry : Oui, oui ! Tout à fait ! C'est une bagarre, rien de plus, c'est quelque chose qu'on peut comprendre. Mais je vois bien que le foot, quand il est très bien joué, peut posséder une sorte de poésie.

Emily : D'accord. Donc, dans Unseen Academicals, il y a du foot, et vous alliez dire qu'il y avait aussi quelque chose de plus...

Terry : Voilà. Les mages essaient de comprendre comment on joue au foot, et ils pensent, par exemple, que quand on porte un short, la vue des genoux nus d'un homme échauffe les sens des femmes jusqu'au paroxysme, alors il faut faire très attention à ça. Et puis il y a de drôles d'idées sur la façon dont l'Université de l'Invisible peut former une équipe de foot. Mais cela ne suffit pas, alors je me suis dit : voilà une autre intrigue qui motiverait tout ça, et qui le ferait magnifiquement, parce qu'elle a vraiment sa place dans le même univers que le foot. Ensuite, je me suis dit : mais même comme ça, c'est trop facile. Alors j'ai trouvé une sous-intrigue à l'intérieur de l'intrigue, et c'est celle-là qui met toute la masse de l'intrigue en mouvement. Mais le livre n'est pas surchargé ; tout est justifié par les personnages et leurs interactions.

par Terry Pratchett et Emily S. Whitten