Terry Pratchett

Interview de Terry Pratchett par Emily S. Whitten

Chapeaux et bibelots : comment Terry dépense son argent

Emily : Je n'en reviens pas qu'on vous ait vraiment demandé ça. Bien, une dernière question, à savoir : je suis sûre que vous n'êtes pas né avec un chapeau noir. Pourquoi avez-vous choisi de porter un chapeau noir, et où avez-vous trouvé le premier ?

Terry : Il y avait deux raisons principales, qui se rejoignent. L'une, c'est que G.K. Chesterton est un de mes héros en littérature, et il portait un grand feutre noir. Je savais vaguement ça. Et puis, vous avez dû voir au moins des rediffusions de Chapeau Melon et Bottes de Cuir ? Voilà. Steed porte un chapeau melon ; il avait toujours un chapeau melon et un parapluie, et il y a une scène excellente – de très bons effets spéciaux pour l'époque – où il se dirige vers son armoire, l'ouvre, et là, s'étirant jusqu'à perte de vue, ça fait très Matrix, des étagères de chapeaux melons, de plus en plus petits en s'éloignant, et des parapluies, tous noirs. Pour une raison ou pour une autre, j'ai trouvé ça absolument génial. Et allez savoir pourquoi, ça m'a fait aimer les chapeaux.

Et donc, j'étais dans la ville de Bath, je passais devant un magasin qui vendait des vêtements neufs et des... de nos jours, on parlerait de vêtements rétro, plutôt que d'occasion... et il y avait un chapeau, ç'a été le premier que j'aie eu. Il était très lourd, vraiment très lourd. Mais c'est étonnant ce que vous pouvez faire avec de la vapeur, quelques épingles et un peu de travail. Ceux que je porte maintenant sont sans doute un peu plus mous. J'en ai carrément usé certains. Je suis capable d'user un chapeau.

Emily : Combien de chapeaux noirs avez-vous eus ? Est-ce que vous le savez ?

Terry : Aucune idée, vraiment. Je pense que j'en ai sept ou huit en ce moment.

Emily : Waouh.

Terry : Ben, vous savez ce que c'est, c'est comme... sans doute comme vous et les chaussures. Il y a toujours de la place pour un chapeau noir de plus. C'est vrai ! Celui que je porte beaucoup chez moi en ce moment... il y a des objets qui marquent la richesse. Par exemple, de longues allumettes. Vous connaissez les allumettes qu'on voit au moment de Noël ? J'aime bien les longues allumettes. De longues allumettes, un beau bureau en bois couvert de cuir vert... Pas rouge, oh, non. Rouge, ça n'irait pas du tout. Un globe terrestre. D'ailleurs, pour mon soixantième anniversaire, ma femme m'a offert un globe Newton fabriqué en 1830 ; il représente le ciel nocturne, avec les constellations sous forme de dessins. Malheureusement, c'est parfaitement inutile pour un type qui a « Starry Night » sur son ordinateur, mais c'est un objet magnifique. Vous savez, quand Phileas Fogg annonce qu'il va faire le tour du monde, il s'appuie contre un globe comme ça.

Elle a le don de m'offrir des cadeaux étranges et merveilleux, comme une boîte à musique à ressort pleine d'airs de music-hall des époques victorienne et edwardienne. Je pense que le meilleur, pour l'instant, ç'a été un pupitre d'église en bronze avec un énorme aigle dessus. Un pupitre à aigle ! Je pense qu'il venait d'une église qu'on démolissait.
Et c'est là que va l'argent. Ça, et des livres. C'est ce que je m'offre au lieu des voitures de sport et des résidences secondaires à Gastard, où que ce soit [NdT : c'est dans le Wiltshire, apparemment. Où que ce soit]. Avec des livres ; c'est la façon dont Phil Collins définit « ne pas regarder la note ». Vous savez, je dis « je veux ce livre, commande-le sur Amazon, je me fiche du prix. » Rob connaît les règles maintenant. Pour certains, c'est : acheter à tout prix, aucune importance, même tout abîmé d'occasion ; et d'autres : état neuf.

Emily : Ah... et il doit savoir lesquels sont lesquels !

Terry : Eh bien, on commence à devenir bons à ce jeu-là. J'ai même un exemplaire des Grimpeurs Nocturnes de Cambridge – longtemps après que ça m'aurait été utile. Dans la cité universitaire de Cambridge, dans les années 20 et 30, et même un peu pendant la seconde guerre mondiale, il y avait une société secrète de gens qui se promenaient où ils voulaient sur les vieilles tours et qui escaladaient les gouttières. Ils ne l'auraient jamais avoué, ils se contentaient de hocher la tête et de laisser des petits signes pour indiquer là où ils avaient été. Une fois, un type est passé à travers un vasistas et est tombé sur un lit qui avait été fait, mais qui n'était pas occupé ce jour-là – et non, il n'y a jamais eu de morts. Il ne fallait jamais toucher le sol. Ils avaient de petits crochets et des trucs comme ça pour ouvrir les portails et pour se balancer – et beaucoup de ces types s'exerçaient à tomber de plus en plus haut.

Emily : On dirait vraiment les Assassins !

Terry : C'est assez... enfin, j'ai lu ça longtemps après avoir créé la Guilde des Assassins, et j'ai découvert que les mêmes techniques avaient vraiment été utilisées dans la vraie vie !

Emily : Waouh ! Bon, je vois que nous sommes à court de temps. Merci. Ç'a été un très bon moment !

par Terry Pratchett et Emily S. Whitten