Terry Pratchett

Interview de Terry Pratchett par Emily S. Whitten

Terry et les adaptations en général

Emily : Ce serait vraiment fantastique. Autre question sur le cinéma : y a-t-il de bons livres que vous ayez lus, n'importe quand, que vous aimeriez vraiment voir adaptés au cinéma, et qui ne l'ont pas encore été ?

Terry : Eh bien, un bon livre, en général, c'est... un bon livre. Mais... qui est-ce qui a écrit Comment j'ai mangé mon père ? Roy Lewis. Transworld l'a publié, une fois. Beaucoup de gens l'ont publié une fois. J'ai écrit la préface. Ça se passe comme ça : imaginez les hommes-singes du début de 2001. Roy Lewis – c'est un livre formidable – il prend une famille d'hommes-singes, mais ils parlent comme à la Belle Époque ; et en même temps, le père dit « Regardez, on a un pays, une poignée de prépositions et quelques noms, mais on arrive à peine à communiquer. » Il parle comme un pater familias de la Belle Époque. Et le père monte en haut du Kilimandjaro, il trouve un endroit par où le feu s'échappe, il revient avec le feu, ils ont du feu, ils doivent apprendre à faire du feu, et le livre parle de cette unique famille d'humains très, très primitifs qui fait tout ça en l'espace d'un an environ.
Ils inventent le feu, la cuisine, la lance durcie au feu, l'idée qu'on ne doit pas épouser sa sœur, parce que le père dit, grosso modo : « Eh bien, en fait, épouser ta sœur, c'est trop facile. Tu choisis la solution de facilité. » La phrase est de moi, mais ce que le père dit, c'est, en gros, « Pour que l'humanité se développe, on doit chercher les emmerdes. » Donc il force ses fils à aller courtiser les filles de l'autre tribu de l'autre côté du lac Tanganyika, et à prendre la peine de se battre contre leurs frères et d'enlever les futures épouses. Mais les futures épouses ne sont pas nées d'hier, elles ont senti les garçons qui s'approchaient sur la pointe des pieds, mais elles n'en parlent pas à papa ; ils sont tous très modernes dans leur façon de penser, mais ce sont bien des hommes-singes.

Emily : En effet, ce serait sans doute marrant à voir.

Terry : C'est hilarant, et ça devient assez sombre sur la fin quand la religion est inventée, peu après l'arc et les flèches. Il y a des scènes absolument formidables dans ce livre, et chaque fois qu'il est réédité, les gens en tombent amoureux. Mais ça n'a jamais été un best-seller.
Il est aussi publié sous le titre What We Did to Father et Once Upon an Ice Age. Je sais qu'il existe une version éditée en ce moment aux États-Unis. Mais il y a des idées très, très intelligentes dans ce livre, vous savez : la façon dont tout commence, les bases de la religion créées quasiment par accident, la cuisine inventée par accident, et c'est fantastique. Mais je pense que cela pourrait se faire – à part qu'il faudrait une quantité invraisemblable de maquillage, et d'énormes touffes de poils pour qu'il ne soit pas classé X, tout ce dont vous avez besoin, c'est d'un grand groupe de gens quelque part du côté du mont Kilimandjaro – de préférence là où les tribus locales ne se tirent pas trop dessus – parce qu'il n'y a même pas beaucoup de monstres et tout ça, c'est juste des gens. Et il y a plein d'aperçus très justes sur ce que la vie était vraiment ; il y a une scène excellente où ils découvrent comment ils peuvent vraiment utiliser le feu. Ils trouvent la meilleure caverne de la région, mais elle est pleine d'ours. Alors ils s'avancent tous avec une torche flamboyante à la main, et les ours se précipitent tous dehors ! Ça serait très bon dans un film.

Emily : A vous entendre, oui ! Puisqu'on a fait tellement de films de fantasy et d'adaptations de BD, est-ce que vous avez une opinion sur...

Terry : Oh mon Dieu, épargnez-nous les adaptations de BD ! Elles commencent toujours pareil, c'est assez intéressant, on s'y laisse prendre, mais vous savez qu'à la fin, ce sera deux cons en collants et en armure de fer-blanc qui se flanquent une raclée. C'est aussi original que ça !

Emily : Donc vous n'avez pas aimé Iron Man ?

Terry : Iron Man, j'ai pensé qu'il pourrait vraiment être bon. J'ai vraiment pensé qu'ils allaient dépasser tout ça et faire un peu dans l'auto-référence ; et il y a un ou deux passages dans le film... mais, à la fin, c'est deux cons en armure de fer qui se flanquent... oh mon Dieu oui, c'est horrible !

Emily : Et si on avait enlevé ce combat ? J'ai trouvé qu'il y avait beaucoup de bonnes choses dans ce film.

Terry : Oui, ils se sont vraiment creusé la tête, et l'intrigue était assez intelligente. Mais tôt ou tard, le genre de types qui veulent toujours mettre des courses-poursuites absolument partout disent : « Il faut qu'il y ait deux connards qui se flanquent une raclée ».

Emily : Et environ deux semaines plus tard, nous avons eu droit à Hulk. Et c'était la même chose !

Terry : Oui. Dieu du Ciel ! C'est ce que les BD... oui. La seule adaptation de BD que j'aie vue qui vaille un clou, c'était Constantine. Le film ne suivait pas vraiment la BD, ce qui est sans doute pourquoi le résultat était si bon. Il a même survécu à la présence de Keanu Reeves... mais il y avait aussi Tilda Swinton, ce qui est toujours un plus. Et c'était intelligent. Il y avait de l'esprit. Et les scènes en Enfer étaient très bien fichues. Je l'ai revu plusieurs fois. Il aurait pu être meilleur, et je sais que beaucoup de fans de BD ne l'ont pas aimé, mais il y avait de l'intelligence et une certaine créativité.

par Terry Pratchett et Emily S. Whitten