Terry Pratchett

Interview de Terry Pratchett par Emily S. Whitten


Terry et les conventions

Emily : Puisque nous sommes à la Discworld Convention britannique 2008, commençons par parler de conventions. Qu'est-ce que vous préférez, et qu'est-ce que vous aimez le moins, dans les conventions ?

Terry : Parfois, elles sont beaucoup trop courtes. Vous arrivez le vendredi soir, vous vous retrouvez immédiatement au beau milieu des événements ; et soudain, voilà que tout le monde pense déjà à la cérémonie de clôture, alors que vous n'avez pas encore eu le temps de vous retourner. En fait, maintenant, je n'ai généralement pas même l'occasion de voir la convention, parce que tout le monde a des interviews à faire, et c'est : je vais voir là-bas ? ou est-ce que je vais faire quelque chose de ce côté-là ? Du coup, je n'ai pas vraiment le temps de visiter, surtout aux conventions du Disque-Monde.

Emily : Oui, évidemment, aux conventions du Disque-Monde, c'est vous l'attraction principale tout le temps. Qu'est-ce que cela fait d'être constamment sous les projecteurs ?

Terry : C'est comme d'être un matou qu'on a balancé par-dessus le mur d'un élevage de rottweilers, voilà ce que c'est. On apprend à se méfier du fan diagonal, vous savez. Par exemple, vous avez besoin d'aller aux toilettes, vous allez dans leur direction, et vous vous rendez compte qu'il y a un fan qui arrive en diagonale, parce qu'il a compris ce que vous vouliez faire et il veut vous arrêter avant que vous n'y arriviez. Donc il faut accélérer très précisément pour échapper de justesse à la collision ; après, il se trouve qu'ils n'ont pas le droit de vous courir après.

Emily : En tout cas, pas aux toilettes, sans doute !

Terry : C'est déjà arrivé... J'ai même eu droit au « Je peux glisser mon livre sous la porte ? »

Emily : Vous plaisantez ?

Terry : Je ne plaisante carrément pas ! J'ai répondu : « Si vous faites ça, j'y mets une dédicace que vous n'oublierez jamais ! » Mais c'était il y a longtemps.

Emily : Je suis contente de savoir que ça ne vous arrive pas trop souvent ! Et ce que vous préférez ? Vous promener au hasard et pouvoir tout voir ?

Terry : Oui ; et les conventions sont bien pour le crack. Je ferais mieux d'expliquer ce que j'entends par là – c'est le sens irlandais du mot « crack ». Je me souviens de la première fois où je l'ai entendu : en Irlande, ils disent « Oui, untel fait le lancement de son livre, allons-y pour le crack ». Vous pouvez penser ce que vous voulez, mais ils savent vivre avec leur temps en Irlande ! Non, c'est juste l'atmosphère, l'ambiance, la conversation, il n'y a pas grand-chose à en dire... On a drôlement bien chanté hier soir ; je commençais à chanter avec tout le monde et je me suis rendu compte tout à coup que je chantais une chanson qui a été rendue célèbre par les Monkees dans les années 60 !

Emily : En parlant de conventions, nous sommes vraiment ravis de vous avoir comme invité d'honneur à la Discworld Convention en septembre 2009. Qu'est-ce que vous attendez de notre convention, que pensez-vous y trouver de différent, et qu'espérez-vous y voir ou y faire ?

Terry : Eh bien, aujourd'hui, les fans ont la bougeotte. Quand je n'étais qu'un jeunot qui commençait à peine à avoir quelques fans, je crois que quelques vaillants Britanniques s'étaient rendus aux États-Unis en profitant des rares charters qui existaient, avec des tarifs spéciaux et tout, mais ce n'était pas très courant. Mais maintenant, on trouve un bon nombre de Britanniques qui viennent aux conventions, surtout sur la côte est. Et bien sûr, il n'y a aucun moyen d'empêcher les Américains de se ramener un peu partout.

Emily : Nous aimons voyager, c'est vrai...

Terry : Oh que oui ! Vous avez un si beau pays, je suis étonné que vous vouliez en partir sans arrêt.

Emily : C'est vous qui ne venez pas chez nous assez souvent ! Nous devons venir ici pour vous voir !

Terry : Eh bien, vous pourriez peut-être en toucher un mot à votre merveilleux Département de la Sécurité Intérieure. Je veux dire, quelles sont les chances pour qu'un auteur de fantasy de soixante ans veuille faire sauter l'Amérique ? C'est assez improbable, déjà, vu le nombre de fans que j'y ai. J'y perdrais de l'argent, vous savez ; ça ne vaudrait pas le coup.

Je ne veux pas dire où c'était parce que je ne veux attirer d'ennuis à personne, mais une fois, je suis arrivé aux États-Unis, et je devais être la deuxième personne à passer devant la sécurité, où il y avait ce monsieur qui arborait le grand sourire accueillant [ironiquement] qu'ils ont toujours quand ils voient atterrir un avion plein de touristes. Je m'approche du guichet, en me rendant compte qu'à partir de maintenant, je n'avais absolument plus aucun droit, qu'on pouvait me passer à tabac à tout moment ; le type m'a demandé : « Qu'est-ce que vous venez faire en Amérique ? » Bonne question ! J'ai répondu : « Je viens assister à une convention de science-fiction ». Il m'a regardé dans les yeux, puis il a décroché son téléphone et a fait : « Tom (ce n'est pas son vrai nom), je le tiens ! » Et voilà ! Il m'a dit : « Attendez ici ». J'ai pensé, d'accord, quels sont mes droits ici et maintenant ? Aucun ? Bon... Est-ce que l'orange me va ? Ça n'a jamais vraiment été ma couleur...

Et là, voilà ce type qui arrive et me dit : « Oh, c'est vous ! Bonjour Terry, je suis un de vos plus grands fans ! Désolé de ne pas venir à la convention, mais je me demandais si vous pouviez me dédicacer un ou deux livres. » Et me voilà qui pense : « Oui, oui, n'importe quoi, s'il vous plaît, s'il vous plaît, aaaaah d'accord ! » Il m'a dit : « J'ai dit aux gars de vous guetter, parce qu'on savait que vous arriviez, on vous avait vu sur la... » - la liste du FBI, je ne sais pas comment elle s'appelle, qui indique qui arrive sur le prochain avion. Puis il a dit : « J'espère vous revoir. Profitez bien de l'Amérique ! » - Oui oui, je profite de l'Amérique !

Et c'était tout ; d'un coup, j'étais de retour à côté de ce ce grand type bien bâti qui me regardait de cette façon qu'ils ont de vous regarder, et qui dit « je ne vous regarde pas vraiment » ; il m'a demandé : « Je peux voir une pièce d'identité ? » J'ai répondu : « Eh bien, oui, pas de problème, voici mon passeport, mais vous savez, si je ne suis pas Terry Pratchett, le pauvre Tom a un livre de fichu, pas vrai ? » Et là, rien qu'une seconde, il y a eu un tout petit minuscule embryon infinitésimal de sourire.

Emily : Ça, c'est drôle ! Autre chose à dire à propos de la Discworld Convention qui aura lieu l'année prochaine ?

Terry : Oh oui ! On n'en a pas encore vraiment parlé, on était juste en train de discuter. Bref, ce que je voulais vraiment dire, c'est que par définition, maintenant, n'importe quelle Discworld Convention est une convention internationale. Par exemple, je sais qu'il y a des Australiens, ici, à la convention britannique. Je ne pense pas qu'ils soient forcément venus exprès ; c'est comme pour les conventions australiennes où je suis allé, vous savez que vous devez aller en Australie, alors vous vous débrouillez pour aller à la convention. J'ai vu des tas de conventions américaines de toutes sortes au cours des années, donc je sais à quoi elles ressemblent ; mais je m'attends à y trouver un certain nombre de fans britanniques aussi.

Emily : Nous en avons déjà qui se sont inscrits.

Terry : Et on sait que les fans britanniques raisonnent comme ça : « D'accord, bon, ça veut dire qu'on peut aller à Tombstone [ndt : lieu de la célèbre fusillade d'OK Corral], et voir des lieux célèbres, comme Benson [ndt : ville d'Arizona qui est apparemment très agréable à visiter] ». Si vous devez avoir une aventure américaine, vous savez, autant aller à l'endroit le plus américain que vous pouvez.

par Terry Pratchett et Emily S. Whitten