Terry Pratchett

Terry au sujet de The Colour of Magic

Suite au succès critique et commercial des Contes du Disque-Monde, Sky One donne brillamment vie aux deux premiers romans des Annales du Disque-Monde, La Huitième Couleur et Le Huitième Sortilège, avec David Jason, Sean Astin et Tim Curry.

- Pouvez-vous nous en dire plus sur la Huitième couleur et le Huitième sortilège ?

- La Huitième Couleur est le premier tome du Disque-Monde et c'est, en gros, un film de copains. Il y a un mage poltron qui ne sait pas faire de magie et un touriste innocent avec une vision très romanesque de la fantasy. Il pense que c'est des histoires de fées. Il ne sait pas que c'est des histoires de grands baraqués très sérieux et très ivres qui se tapent dessus dans des bars avec de grosses épées. Le hasard réunit ces deux personnages, et c'est le mage qui va devoir sauver sans arrêt la vie de Deuxfleurs, le touriste, qui d'ailleurs lui rend la pareille à l'occasion.

Comme il n'y a pas d'intrigue trop complexe, quand la Huitième Couleur et le Huitième sortilège ont été mis sur le tapis, nous nous sommes dit qu'il était tout à fait possible de développer une intrigue unique sur les deux tomes. La Huitième Couleur est une série de récits comiques liés les uns aux autres, tandis que le Huitième sortilège comporte une lutte pour le pouvoir suprême à l'Université de l'Invisible, ainsi qu'une énorme étoile rouge qui se rapproche du Disque et menace de tout calciner. C'est un danger à la minute !

- Parlez-nous du scénario.

- Je n'ai pas écrit le scénario proprement dit. C'est Vadim qui l'a mis en place, après quoi nous avons passé toute une journée à l'examiner, à rajouter des morceaux et à en couper çà et là. Je suis du genre méchant quand il s'agit de déchiqueter mon propre travail. C'est étonnant de voir tout ce que nous avons pu laisser de côté, tout en en gardant assez pour que le film vaille la peine d'être fait. Etre souple, c'est bien. Par exemple, à la première séance de lecture, j'ai donné quelques répliques en plus à la Mort, qui fait toujours rire dans les Annales du Disque-Monde. On a la possibilité de bricoler même quand la machine est en train d'avancer, ce qui n'est pas mal.

- Et le bord du Disque...

- Je ne pensaient pas qu'ils le feraient aussi accidenté, ni aussi profond, ni aussi long. Il y a le bord du monde, et quand on se penche on voit les nageoires de la tortue six mille kilomètres plus bas. Ce n'est pas une expérience que vous pouvez avoir même aux chutes du Niagara, ni où que ce soit sur Terre.
Cela m'amuse toujours de voir que, quand on va regarder le tournage d'un film, il y a des gens tout autour et toutes sortes de choses qui se passent, alors que tout ressort aussi impeccable sur l'écran. Vous savez qu'à un mètre de là, il y a deux types qui discutent, des câbles et une pompe à incendie, mais tout ça disparaît magiquement et il ne reste que la pureté de la scène.

- Vadim Jean...

- Parfois, il est trop respectueux. Il dit : "on a fait ça parce que c'est comme ça dans le livre". Et je dois répondre : "Oui, mais si j'avais voulu le faire de façon cinématographique je l'aurais fait de cette façon. Vous n'avez pas besoin de coller au livre tout le temps."

- Le démon iconographe...

- C'est tout simplement ce que vous vous attendriez à trouver dans un appareil photo si vous n'y connaissiez rien à la technologie. Et donc, sur le Disque, c'est ce que vous y trouvez effectivement. Un petit bonhomme à l'intérieur qui peint les images et qui râle quand il n'a plus d'une couleur ou qu'il a trop de travail. D'ailleurs, dans un des livres suivants, Les Zinzins d'Olive-Oued, Ankh-Morpork va elle-même s'essayer à l'industrie cinématographique, qui fait toujours appel aux petits bonshommes qui peignent, mais beaucoup plus vite évidemment.

- Quelle est votre opinion des fans du Disque-Monde ?

- Laissez-moi vous parlez des fans... Ils vont mettre le film en pièces, évidemment, mais il est là pour ça. Ils vont se plaindre des petits détails - pas la bonne nuance de bleu, etc. C'est étonnant de voir ce que les sites de fans de Tolkien ont trouvé à redire au Seigneur des Anneaux quand il est sorti.
Les fans sont très protecteurs vis-à-vis d'une oeuvre dont ils pensent qu'elle leur appartient, et je pense que je peux le comprendre. Quand nous avons présenté des morceaux des Contes du Disque-Monde à une convention du Disque il y a quelques années, les fans étaient debout, ils riaient, ils pleuraient, c'était génial. Mais ça ne les a pas empêchés, plus tard, de dire que ça ne collait pas tout à fait. Il y aura forcément des choses qui ne colleront pas ; des personnages qui ne seront pas comme les fans les imaginent ; des différences, et ce que j'appellerais une perte de texture, parce que même si on a beaucoup de temps pour raconter son histoire, on ne peut pas mettre tous les détails, il faut couper dans les livres. Ce que l'on essaie de faire, c'est conserver leur âme, et j'espère que c'est ce que nous avons fait.

par inconnu