Terry Pratchett

Interview Terry Pratchett (SFX Magazine)

2008-06-11-sfx

Eh oui, si vous n'étiez pas déjà au courant, Terry Pratchett a réussi l'impossible. Non, il n'a pas résolu la signification de tout le jargon pseudoscientifique du dernier épisode de Doctor Who, mais il a bel et bien battu JRR Tolkien ? que beaucoup considéraient gagnant d'avance ? lors de l'élection par les lecteurs de SFX de leur auteur de SF-fantasy préféré de tous les temps. Le top 100 complet figure dans le Hors-Série Spécial Livres de SFX ; voici un extrait de l'interview de Terry Pratchett, longue de sept pages, que l'on peut lire exclusivement dans ce même hors-série.

SFX : Pourquoi cela vous gêne-t-il d'être devant Tolkien ?

TP : Je pense que Tolkien sera encore connu dans cent ans, mais je ne suis pas sûr que ce soit mon cas.

SFX : Vraiment ? C'est étonnant de votre part.

TP : Eh bien, cent ans, c'est vraiment une longue durée en fait. Je pense que Le Seigneur des Anneaux en est à un point où il peut conserver son statut, par la seule force de son élan, plus ou moins à jamais. Vous vous êtes déjà demandé pourquoi on réédite encore une merde comme Alice au pays des merveilles ? C'est un livre vraiment mauvais, mais je pense qu'il garde son statut à cause d'une sorte d'élan qui le maintient sur sa lancée vaille que vaille. Qui lit encore Alice au pays des merveilles aujourd'hui, le lit vraiment pour de vrai ? Pour une raison ou pour une autre, la société décide que certains livres continuent d'être édités, même s'ils sont vraiment exécrables et que plus personne ne les lit. Désolé, mais j'ai détesté ce livre. J'ai trouvé cet humour victorien épouvantable et malsain. Le Seigneur des Anneaux, en revanche, est un livre magnifique.

SFX : Même le troisième tome, qui est relativement pompeux ?

TP : C'est une trilogie, il faut bien qu'il y ait un troisième tome. (rires)

Terry ne sait vraiment pas si ses livres continueront d'être lus dans les décennies à venir. Les références culturelles, selon lui, pourraient jouer contre eux. D'un autre côté, personne n'a jamais essayé de mettre Tom Sawyer sur un skateboard, alors qui sait ? « Ces livres parlent essentiellement des faiblesses de l'humanité, médite-t-il, et ce ne sont pas les faiblesses qui manquent. »

SFX : Pensez-vous que peut-être les gens continueront de lire vos derniers livres, parce qu'ils sont un peu plus complexes et centrés sur l'intrigue et les personnages ?

TP : Je suppose. D'ailleurs, je préfère les derniers livres. Cela me préoccupait de voir La Huitième Couleur et Le Huitième Sortilège adaptés en film, même si le résultat a été bien meilleur que ce à quoi je m'attendais. En fait, on pense que les plus récents sont les meilleurs parce qu'on a appris à écrire, que l'on est devenu familier de son matériau. Je m'en suis vraiment rendu compte en écrivant Nation. Ç'a été vraiment éprouvant, parce que ce n'était pas un Disque-Monde. Quand vous êtes dans le Disque-Monde, vous vous asseyez, vous ouvrez la boîte à outils Disque-Monde ; et de temps en temps, vous achetez un nouvel outil, mais vous vous demandez « qu'est-ce que je pourrais bien en faire ? » Pour Unseen Academicals, qui sera le prochain, je n'avais vraiment pas la moindre idée de comment j'allais commencer un Disque-Monde sur le football, et j'avais donc écrit une scène centrée sur l'homme dont le métier est de changer toutes les chandelles de l'Université. Si vous avez une Université vraiment immense qui fonctionne à la bougie, comment cet homme doit-il travailler ? Je me disais que cela pouvait être assez intéressant. Et soudain, j'ai réalisé qu'il avait une assistante. C'était comme de regarder le Disque-Monde se réveiller et se déployer tout autour de cette jeune fille. Oh, et de cette autre jeune fille, parce qu'elles sont nées dans la même rue. Tout à coup vous regardez autour de vous, et vous voyez se dérouler ce film rempli de monde ; et vous vous rendez compte qu'en fait, l'on voit très peu de choses de la vie du personnel de service de l'Université.
Il y a une scène qui se déroule dans la Salle Peu Commune ( ? ) aux alentours de deux heures du matin, et où la bonne vient apporter le fromage sur des chariots, parce que les mages ont toujours envie d'un petit en-cas vers deux heures du mat. C'est comme une procession, parce qu'il y a aussi le chariot des cornichons, et c'était vraiment comme si quelqu'un était descendu dans la salle des machines du Titanic et avait mis quelque chose en marche. Tout à coup, d'autres appareils se mettent en route, les lumières s'allument, et d'un coup c'est parti ! Il y a sans arrêt de petits trucs qui apparaissent. J'aime beaucoup l'idée des mages formant une équipe de football, surtout qu'ils ne sont pas très doués pour le travail d'équipe en général.

(Suite dans le Hors-Série de SFX...)

par inconnu