Terry Pratchett

Hommage à Terry Pratchett aux Utopiales

Entre le 29 octobre et le 2 novembre se tenaient à Nantes les Utopiales 2015.2015 10 30 Utopiales

Parmi les nombreuses conférences et cafés littéraires qui avaient été programmés cette année, un hommage à Sir Terry Pratchett était organisé à travers la projection de l’adaptation télévisée de Timbré en version originale sous-titrée, ainsi qu’une table ronde.

  

 

The Pratchett Legacy (L’Héritage Pratchett).

Le programme nous l’annonçait comme tel : Inimitable Pratchett, malicieux Terry, inoubliable père du Disque-monde, dont il nous rapporta, au prix de sa vie, les Annales. Rien n’est réel, sauf ce qu’il y a dans ses textes. Nous vivons dans des illusions ternes, et pourtant il n’y a qu’à soulever le tapis pour plonger dans l’infini. Hommage ému de ceux qu’il a changés et qui l’ont adulé.

 

Sur une scène, et devant un parterre de fans, Patrick Couton, le génial traducteur qui nous a permis de découvrir tout le talent de Terry Pratchett, mais aussi Jeanne-A Debats, Catherine Dufour, Jean-Claude Dunyach et Mireille Rivalland des Éditions L’Atalante. De part et d’autre de la scène, deux grands écrans faisaient défiler de nombreuses images issues de l’univers de Terry Pratchett, notamment celles de Josh Kirby et Paul Kidby qui ont illustré les couvertures de tous les livres des Annales du Disque-monde sortis chez L’Atalante, mais également des illustrations créées pour le calendrier 2013 par Marc Simonetti, dessinateur choisi par Pocket pour ses rééditions.

 

2015 10 30 hommage pratchett

Photographie de la table ronde The Pratchett Legacy mise en ligne par Actu-SF

De droite à Gauche : Simon Bréan (le Modérateur), Partick Couton, Mireille Rivalland, Jeanne-A Debats, Catherine Dufour et Jean-Claude Dunyach.

 

 Vous pouvez écouter ici la table ronde mise en ligne par Actu-SF. Les mondes de Terry Pratchett sont si vastes qu’une heure ne permettait que d’effleurer toute la profondeur de ses œuvres. Entre rires, souvenirs et émotions, la conférence a permis d’écouter ceux qui l’avaient connu de près ou de loin, et pour qui Sir Terry restera toujours une référence en science-fiction, en fantasy, en philosophie et évidemment dans l’humour. 

Durant cette table ronde, Mireille Rivalland a expliqué, en tant qu’éditrice, elle surveillait de près les notes de bas de page, et le fait que Terry Pratchett soit un fou de bas de page fait qu’en français les Éditions L’Atalante ont interdit à Patrick Couton les notes de bas de page, même s’il avait tendance à se l’interdire lui-même. C’est pour ça que nous avons une version aussi traduite, c’est-à-dire avec tous ces rapports à la langue française, y compris des références qui deviennent des références françaises, parce que dans la plupart des autres pays, les références sont en notes de pages.

« Ce qui est quand même très très grave quand on a une œuvre comme celle de Pratchett », nous a-t-elle dit.

 

Patrick Couton a quand même précisé qu’il a droit à une note de bas de page dans chaque livre [estampillée « NDT »] pour dire que la Mort est de sexe masculin. Le problème est, évidemment, qu’en quarante-et-un volumes, il faut varier la note de bas de page et ce n’est pas toujours facile.

 

Pour Jeanne.A Debats, « Pratchett, c’est aussi ma came parce que je le relis depuis toujours, depuis le premier tome en boucle ».

Nous avons également appris durant cette table ronde que La Longue Terre et ses suites sont une série que Terry Pratchett a conçu en même temps [que le Disque-monde]. Colin Smythe avait expliqué à Jeanne.A Debats que Terry Pratchett a « juste envoyé le manuscrit de la Huitième Couleur chez les éditeurs. Il a été pris. Il avait la Longue Terre sous le coude et finalement il a été occupé par le Disque-monde. C’est pour ça qu’un jour où il en discutait avec Stephen Baxter, Baxter lui a dit “mais elle est géniale ton idée. Allons-y ensemble”. Et c’est pour ça qu’on a eu la Longue Terre et les autres plus tard… un petit peu trop tard. »

 

 

Entre humour et hommage, cette table ronde a montré combien Terry Pratchett a marqué la vie de ses lecteurs, qu’ils soient anonymes ou auteurs reconnus. Catherine Dufour déclare que « Terry Pratchett, c’est ma coke, mon crack, mon amphétamine… Il devrait être remboursé par la sécurité sociale. Merci à Terry Pratchett pour l’ensemble de son œuvre et tout le bien qu’il m’a fait à moi, et je suis bien persuadée qu’il n’y a pas qu’à moi ».

Auteur de « Blanche-Neige et les lances-missiles », Catherine Dufour est une grande admiratrice de Pratchett qui a travaillé en 2012 sur un mémoire nommé « L’humour anglais est-il soluble dans la Manche ? La preuve par Terry Pratchett ». Elle a accepté de répondre à nos petites questions posées plus tard durant ces Utopiales.

 

Vade-Mecum : Que représente Terry Pratchett pour vous ?2015 10 30 Blanche Neige C.Dufour

Catherine Dufour : C'est mon maître à penser.

 

V.M. : A-t-il influencé votre écriture ?

C. D. : Oui, il continue, d'ailleurs, encore aujourd'hui...

 

V.M. : Avec quel livre l’avez-vous découvert ?

C. D. : Mortimer, qui est aussi celui qui l'a rendu célèbre [en UK]

 

V.M. : Quel est votre tome préféré ?

C. D. : Le Faucheur. J'adore le personnage de la Mort.

 

V.M. : Un personnage qui vous tient à cœur ?

C. D. : Eh bien, la Mort, qui est un personnage très émouvant.

 

 

Jean-Claude Dunyach, présent à la table ronde, auteur de nombreux livres également publiés chez l’Atalante, dont récemment « L’instinct du Troll », un ouvrage qui aborde avec humour les soucis du travail dans une société. Durant la conférence, il définit Terry Pratchett en disant « ...pour moi, outre les nombreux éclats de rire et les moments merveilleusement où on se sent bien… ça n’empêche pas de réfléchir, ça n’empêche pas de se poser des tas de questions. Il y a une espèce de jubilation étrange qui naît des pages, et je me suis dit “comment fait-il pour partir de manière extrêmement sérieuse, partir d’un postulat de fantasy, de contes de fées extrêmement précis, et à partir de là d’en prolonger les effets en utilisant uniquement des choses qui sont la logique, le bon sens, etcétéra, jusqu’à obtenir des effets absolument hilarants ?” ».

 

Nous avons aussi eu la possibilité de l’interroger un peu plus tard durant ces Utopiales. Il a répondu à nos questions avec plaisir, nous offrant au passage une anecdote intéressante.

« J’ai eu l'occasion de discuter avec Terry lors de sa venue aux Utopiales en 2003, et à quelques Bristol Con.  Et j'avais beaucoup apprécié de parler des techniques d'écriture avec lui, principalement sur cette relation entre merveilleux et trivial, en partant d'une réflexion documentée sur quelque chose de purement imaginaire (par exemple : le petit chaperon rouge, si le loup se déguise en sa grand-mère, c'est peut-être que la grand-mère a le syndrome de lycanthropie, du coup avec la génétique c'est peut-être aussi le cas de la petite-fille, et on part là-dessus...) ».

 

Vade-Mecum : Que représente Terry Pratchett pour vous ?

Jean-Claude Dunyach : Un mode de pensée, une façon lucide et remarquablement intelligente de voir le monde de l'imaginaire pour y mettre un peu d'ordre. 

 

V.M. : A-t-il influencé votre écriture ? 2015 10 30 InstinctTroll JC.Dunyach

J-C D. : Il m'a influencé dans la manière dont on choisit de traiter des scènes, pour extraire du trivial du merveilleux pur, de toujours penser au matérialisme, de détourner l'élément le plus purement imaginaire de cette façon. Je m'en suis particulièrement inspiré pour "L'instinct du troll".

 

V.M. : Avec quel livre l’avez-vous découvert ?

J-C D. : La Huitième Couleur, et aussi, très tôt, De Bons Présages.

Il disait à ce sujet durant la table ronde « J’ai commencé d’ailleurs par De Bons présages, et au passage dans De Bons Présages, quand on connaît, qu’on a rencontré physiquement les auteurs, on sait que l’Ange, c’est l’autoportrait de Terry Pratchett et le Démon, c’est l’autoportrait de Neil Gaiman, et qui en plus se sont réellement régalés à se mettre en scène de cette façon-là ».

 

V.M. : Quel est votre tome préféré ?

J-C D. : J'adore Accrocs du roc parce que je suis moi-même rocker... Mais j'aime aussi le guet... En fait je les aime tous. J'aime beaucoup Masquarade, aussi, pour ce milieu de l'opéra... (notamment l'extrait où il est dit que les balayeuses sont mieux payées que les acteurs parce qu'on ne les voit jamais faire la queue pour se faire embaucher).

 

V.M. : Un personnage qui vous tient à cœur ?

J-C D. : Le Patricien. Il m'impressionne énormément. J'aimerais beaucoup aussi fréquenter Mémé Ciredutemps, et j'adorerais être Nounou Ogg si je devais être à la place d'un personnage sur le Disque... Mais vraiment, j'ai beaucoup de respect pour Veterini. Cette façon d'imposer "un homme, une voix" (la mienne)... C'est le mâle alpha.

 

2015 10 30 Utopiales PrésentoireUne des nombreuses tables débordantes de la bibliothèque des Utopiales 2015 avec un côté du présentoir des ouvrages de Terry Pratchett.  

 

En dehors de l’hommage officiel, d’autres n’ont pas hésité à citer le génie de Terry Pratchett. Jean-Laurent Del Socorro a tenu à nous rappeler lorsque de la conférence « Délirons ! Quand l’imaginaire le plus débridé éclaire le réel » que Terry Pratchett était un maître en la matière. Lui aussi grandement touché par le talent du Sir Anglais, il a accepté de répondre à nos petites questions. Jean-Laurent Del Socorro est un écrivain qui mélange histoire et fantasy dans son premier roman « Royaume de vent et de colères » sorti en mars cette année aux Éditions ActuSF.

 

Vade-Mecum : Que représente Terry Pratchett pour vous ? 2015 10 30 R JL.DelSorroco

Jean-Laurent Del Socorro : L’humour anglais !

 

V.M. : A-t-il influencé votre écriture ?

J-L D. S. : Non, mais mes lectures par contre, oui.

 

V.M. : Avec quel livre l’avez-vous découvert ?

J-L D. S. : La Huitième couleur.

 

V.M. : Quel est votre tome préféré ?

J-L D. S. : Les Petits Dieux parce que ça parle de religion de façon très intelligente… et aussi Les Ch’tits Hommes libres parce que « Ni rwa ! Ni rinne ! Ni djeus ! Ni maets ! Fini de s’faire avwar ! »

 

V.M. : Un personnage qui vous tient à cœur ?

J-L D. S. : J’aime bien Tiphaine, mais plutôt la petite fille de la Mort, Suzanne, pour son héritage familial pas facile.

 

Jérôme Vincent est un journaliste qui a créé le site internet actusf.com, qui comme son nom l’indique est spécialisé dans l’actualité autour de la Science Fiction et de l’ensemble des univers imaginaires. Il s’impose comme une véritable référence dans le genre et participe à de nombreux évènements, comme les Imaginales d’Épinal ou Les Utopiales de Nantes. Jérôme travaille aussi naturellement avec les Éditions ActuSF. Il a accepté de se prêter à nos questions, étant un grand fan de l’univers de Pratchett.

 

Vade-Mecum : Que représente Terry Pratchett pour vous ?2015 10 30 Jérome Vincent

Jérôme Vincent : Un auteur immense, incontournable, inclassable, un monument.

 

V.M. : A-t-il influencé votre écriture ?

J. V. : Disons que si tu publies de l’humour, tu es pratchettien ou tu ne l’es pas, jamais entre les deux, tu vois toujours forcément une référence, ou un parallèle, quelque chose...

 

V.M. : Avec quel livre l’avez-vous découvert ?

J. V. : La Huitième Couleur, à peu près en même temps que De bons présages.

 

V.M. : Quel est votre tome préféré ?

J. V. : Va-t-en-guerre, parce qu’il est sorti chez l’Atalante au moment de la guerre en Irak, et j’avais trouvé cette coïncidence, ce rapport avec l’actualité vraiment très fort.

 

V.M. : Un personnage qui vous tient à cœur ?

J. V. : Vimaire, c’est vraiment un gars bien.

  

Entre tables rondes, conférences, cafés littéraires, découvertes d’autres mondes, réels ou non, nous avons échangé quelques mots avec Silène Edgar, auteur publiée chez Bragelonne, qui travaille sur l’écriture d’un nouveau roman et qui est venue à ce festival en touriste. Elle aura le dernier mot, et pas des moindre, pour cet article sur les Utopiales 2015 et l’Hommage rendu à Sir Terry Pratchett.

 

Vade-Mecum : Que représente Terry Pratchett pour vous ? 2015 10 30 Utopiales S Edgar Féélure

Silène Edgar : C’est une créature fabuleuse, un homme avec une mémoire énorme. C’est d’autant plus dur de l’avoir perdu.

 

V.M. : A-t-il influencé votre écriture ?

S. E. : Non. Il me fait peur, justement avec la taille de son univers si grand. C’est plutôt une influence inverse où j’ai tendance à faire le contraire.

Féélure s’inspire quand même un peu du Grand Livre des Gnomes.

 

V.M. : Avec quel livre l’avez-vous découvert ?

S. E. : Le Grand Livre des Gnomes et le Peuple du Tapis.

 

V.M. : Quel est votre tome préféré ? Un personnage qui vous tient à cœur ?

S. E. : Je n’ai pas de préférence, j’aime l’ensemble.

 

 

 

 

 

 

par Linou213