Terry Pratchett

Voilà comment j’aimerais – comment je me souviendrai de Terry

Interview de Neil Gaiman par Michael Chambon, le 12 mars 2015.

 

L'intégralité de l'interview se trouve ici, l'extrait choisi .
Un grand merci à Daelf pour la transcription et la traduction!

 

 

Il y a environ un an… J’étais dans une voiture, quelqu’un d’autre conduisait. Mon téléphone sonne, je réponds. Une voix dit :


— Salut, c’est moi. J’écris mes mémoires.
— Vraiment ?
— Oui, j’écris une autobiographie, et il y a quelque chose dont je n’arrive pas à me souvenir. Et j’ai pensé, peut-être que tu pourrais m’aider.


Là, mon cœur se gonfle.


— Terry, tu as la maladie d’Alzheimer, je… bien sûr, je serai ta mémoire. Noblement, je serai ta mémoire. Qu’avais-tu besoin de savoir ?
— Eh bien… Tu te souviens, on était en tournée pour De Bons Présages, en février 1990.
— Oui.
— On était à New York, et on était allé à cette station de [radio publique américaine], et l’interviewer n’avait pas lu le livre, il essayait de faire l’interview en n’ayant lu que le matériel de promo pour la presse. Alors quand on a commencé à parler d’Agnès Barge, qui elle était – c’est écrit sur le livre, le titre c’est De Bons Présages, ou Les Belles et Bonnes Prophéfies d'Agnès Barge – qui était Agnès Barge, et on a commencé à expliquer qu’elle était une sorcière du XVIIème siècle, et que toutes ses prédictions étaient vraies… et que sa prédiction pour 1981 était "n’achetez pas de Betamax"… Il n’a pas réalisé que c’était fictif. Alors on lui parlait, et on a commencé à comprendre qu’il n’avait pas lu le livre. On en discutait, et les techniciens dans la salle de contrôle derrière la vitre – on pouvait les voir parce qu’on était en face, mais lui ne les voyait pas – ils étaient carrément morts de rire, sur le dos, à taper des pieds contre le mur.
— Bien sûr que je me souviens, je voulais le laisser continuer comme ça pendant toute l’interview…
— Ouiiii, mais bon, j’ai préféré abréger ses souffrances – mais ça n’est pas ça que je voulais. Donc, tu te souviens quand on est sortis, on a descendu la rue, et on chantait cette chanson du groupe They Might Be Giants, Shoehorn with teeth [Un chausse-pied à dents], parce qu’elle est tellement ridicule…

Et je bafouille :


— Je… euh, je vais te faire confiance sur ce détail-là…
— … Est-ce que c’était la 40ème, 41ème ou 42ème rue ?

Et là je craque :


— Mais c’est toi qui a cette p*tain de maladie d’Alzheimer ! J’en sais rien, moi !


… Et c’est comme ça que je veux me souvenir de Terry.

 

 

par Mirliton