Terry Pratchett

Hommage à Terry Pratchett par son agent, l’homme qui l’a publié pour la première fois en 1971.

L’éditeur anglo-irlandais Colin Smythe revient sur ses relations avec l’auteur du Disque Monde, qui est mort le 12 mars, et son faible pour le Trinity College de Dublin.

 

 

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Terry Pratchett et Colin Smythe dans la Vieille Bibliothèque au Trinity College de Dublin, en 2009.

« Il est difficile d’envisager le futur sans Terry, son humour, ses commentaires acides et pétillants, son incroyable inventivité, son style, l’habileté de ses jeux de mots, et le sens moral profond qui parcourt tous ses livres, sans être envahissant. »

 

 

Sir Terry Pratchett, officier de l’Ordre de l’Empire Britannique, est né à Buckinghamshire le 28 avril 1948, et mort chez lui des suites d’une atrophie corticale postérieure (ACP), une variante de la maladie d’Alzheimer, le 12 mars 2015. Il a écrit, au cours de sa vie, plus de 50 romans, les plus connus d’entre eux étant ceux de la série du Disque Monde. Il a aussi collaboré à une cinquantaine de livres, incluant De Bons Présages, écrit avec Neil Gaiman. Dans les années 90, il était le plus gros auteur à succès britannique, avant d’être éclipsé par JK Rowling. Il a toutefois vendu non moins de 85 millions de livres en 38 langues.

L’amour de Terry Pratchett pour le Trinity College vient de la Grande Salle de la bibliothèque : il adorait la grande voûte en berceau du plafond de bois qu’il avait vu lorsqu’il était venu à Dublin recevoir un doctorat honorifique de littérature, en 2008 (le même jour que David Attenborough). Terry pensait que cette bibliothèque était le territoire idéal pour le bibliothécaire simiesque de l’Université Invisible, dans lequel ce grand singe se sentirait comme chez lui.

 

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Terry Pratchett à la Science Gallery de Dublin, pour le lancement de son court-métrage d’animation, Le Duel. (photographie de Brenda Fitzsimons)

 

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L’amour de Terry Pratchett pour le Trinity College vient de la Grande Salle de la bibliothèque...

 

Grâce à l’enthousiasme du Doyen de la Recherche de l’époque, David Lloyd, maintenant à la tête de l’University of South Australia en Adélaïde, il avait aussi été invité à être un professeur adjoint et en novembre 2010 il avait donné un cours devant une salle comble (avec son assistant Rob Wilkins), au Public Theatre du Trinity College. Son sujet ? « De l’importance de s’étonner de tout », ou, comme cela a été appelé plus tard, « Etre un Authentique Professeur Distrait ». Il s’est ensuite présenté avec une toque festonnée ornée de plumes noires irisées de John Rocha. Il a aussi donné des cours privés à des étudiants et des master class, où se faufilaient tranquillement un certain nombre d’étudiants qui n’auraient pas dû s’y trouver.

 

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Terry Pratchett dans la salle commune avant un atelier d’écriture creative à l’Oscar Wilde Center, au Trinity College de Dublin(photographie de Dara Mac Donall)

 

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Un cours devant une salle comble, au Public Theatre du Trinity College.  « De l’importance de s’étonner de tout », ou « Etre un Authentique Professeur Distrait »

 

Terry est revenu au Trinity College en 2011 lorsque lui, Rob et moi-même avons eu l’immense honneur de rencontrer la reine Elizabeth II dans la Long Room lors de sa visite d’Etat en Irlande (grâce aux bons offices du même Doyen, je n’en doute pas). Lorsqu’il est revenu en visite fin juin 2012, Terry avait organisé une lecture de son roman Roublard en avant-première ; il avait aussi participé à une séance sur la Science du Disque Monde avec ses co-auteurs, le professeur Ian Stewart et Jack Cohen, au Science Gallery’s Paccar Theatre.

La bibliothèque du Trinity College lui avait inspiré l’idée d’un court dessin animé, deux mages professeurs se battant pour le même livre. Il a vu le jour en 2013, au terme d’une collaboration entre le Trinity Animation’s Hub, le personnel et les étudiants de Ballyfermot College, le Trinity College et le studio d’animation Giant Creative. Le 16 octobre 2013 Terry, Rob et moi sommes venus en avion à Dublin pour la première. On peut parler sans crainte de succès. Qui a remarqué que le livre posé sur le bureau du Bibliothécaire a son titre sur la quatrième de couverture ?

Il s’avère que c’était la dernière visite de Terry à Dublin, car les symptômes de son ACP lui ont rendu les voyages impossibles ; toutefois il a continué à travailler lentement sur son dernier roman du Disque Monde, The Shepherd’s Crown [La couronne du Berger] qu’il a achevé l’an dernier, et qui sera publié cet automne.

 

 

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Terry Pratchett avec son éditeur Colin Smythe lors du lancement de son premier livre en 1971, Le Peuple du Tapis, au grand magasin Heal (Londres)

 

Mon association avec Terry a commencé en 1968, quand il était journaliste au Bucks Free Press, et que j’étais moi-même éditeur depuis juste deux ans. Ensuite, après avoir publié ses cinq premiers romans, je suis devenu son agent en 1987 quand Gollancz a commencé à le publier. En 1998, il a confié l’édition des romans du Disque Monde en couverture cartonnée à Transworld Publishers, qui publiait déjà le Disque en livre de poche dans sa collection Corgi. Notre association a donc duré près d’un demi-siècle.

Il est difficile d’envisager le futur sans Terry, son humour, ses commentaires acides et pétillants, son incroyable inventivité, son style, l’habileté de ses jeux de mots, et le sens moral profond qui parcourt tous ses livres, sans être envahissant. Maintes fois, ses lecteurs m’ont raconté comment ses livres les avaient façonnés. Et à chaque fois que je finissais la lecture d’un de ses nouveaux livres, c’était avec l’immense satisfaction d’avoir lu un autre ouvrage d’un grand maître, doté d’une formidable maîtrise de l’écriture, que l’on sentait tout au long du livre, de cet incroyable talent qui lui faisait produire des livres que l’on peut relire encore et encore au fil des années sans jamais cesser de les admirer, et découvrir une référence littéraire ou historique, ou une plaisanterie qui m’avait échappée lors des précédentes lectures. A.S. Byatt a dit dans l’hommage qu’elle lui a rendu : « Aucun écrivain ne m’a donné, de toute ma vie, autant de plaisir et de bonheur. » J’approuve de tout cœur.


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Colin Smythe est diplômé au Trinity College en 1963. Trois ans plus tard, il lance sa maison d’édition, Colin Smythe Ldt, spécialisée dans la littérature irlandaise, avec de livres de (ou sur) Yeats, Lady Gregory, JM Synge, George Moore, GW Russell, Samuel Beckett, Oscar Wilde, Oliver St John Gogarty et William Carleton. Il est aussi agent pour les droits littéraires d’écrivains, dont George Moore, Lady Gregory et Oliver St John Gogarty.

 

(traduction: Mirliton)

par Mirliton