Terry Pratchett

J’ai commencé à écrire mon nouveau livre quand j’avais 17 ans

L’auteur du Disque-Monde partage un premier aperçu de la couverture de son nouveau livre jeunesse Dragons at Crumbling Castle, et nous raconte son expérience d’apprenti journaliste, avant qu’il ne devienne un auteur à succès.

Terry Pratchett a commencé sa carrière comme journaliste et a vu un cadavre lors de son premier jour dans le métier.

 

Vous avez commencé à écrire l’histoire Dragons at Crumbling Castle quand vous aviez 17 ans et que vous étiez apprenti dans le journal local, qu’avez-vous fait avant ?

Je suis allé à une assez bonne école, mais je pense que je détestais le directeur au moins autant qu’il me détestait. Souvent je retourne à la bibliothèque où j'ai reçu ma véritable éducation. Et voici la Voie Selon Terry Pratchett : vous vous aventurez jusqu'en haut, tout en haut d'une immense bibliothèque, et vous lisez chaque livre jusqu'au dernier. C'est effectivement ce que j'ai beaucoup fait durant mon adolescence.

Cela signifie que j’ai lu toutes sortes de livres, et tout cela s’agglutine, tout en contribuant au gros tas de compost à partir duquel poussent les roses...

 

Pourquoi êtes-vous devenu journaliste ?

Quand j’allais à l’école, je voulais plus que tout devenir écrivain, j’étais suffisamment intelligent pour lire des livres sur le sujet, et j’ai appris que mes chances de pouvoir vivre en écrivant de la Fantasy et de la SF étaient compromises...mais si j’obtenais un emploi au journal, il faudrait bien qu’ils me paient chaque semaine. J’ai fait un tour au journal local pour en savoir plus et ils m’ont dit qu’ils avaient un travail pour moi immédiatement. Comme un emploi de journaliste n’est pas facile à trouver, je n’ai pas voulu rater celui-là. J’ai quitté l’école et dit à mes parents qu’on m’avait offert un job. Ils ont été heureux que j’aie trouvé un travail où je n’avais pas à me salir les mains.

 

Qu’appréciiez-vous dans le fait d’être un journaliste ?

Le premier jour, en tant que journaliste débutant, j’accompagnais un vrai journaliste, et j’ai vu mon premier cadavre, et c’était un cadavre très très mort. Quand vous êtes journaliste, vous voyez le monde, le meilleur et le pire. Vous voyez la démocratie en action, ou son inaction, vous apprenez à connaître les gens, vous entrez dans leur monde comme vous ne l’auriez jamais fait autrement. Ça transforme les garçons en hommes, et ça m’a fait grandir.

 

Que lisez-vous quand vous étiez enfant ?

Je n’étais pas un grand lecteur jusqu’à ce qu’on me donne un exemplaire du Vent dans les Saules quand j’avais dix ans. Je n’avais jamais rien vu de pareil, je l’ai lu d’une traite, j’ai pensé : ce livre est vraiment bizarre ! Le rat, la taupe et le blaireau changent tout le temps de taille, le crapaud conduit une automobile, et le cheval qui tire la roulotte est le seul animal de toute l’histoire à ne pas pouvoir parler. Je ne comprenais pas - et je suis tombé amoureux de ça, de cette absence d’incrédulité que réclamait l'histoire

Quelques années plus tard, j’ai lu Le Seigneur des Anneaux, dévoré en une séance de vingt-cinq heures. À ce moment-là, j’étais mordu de Fantasy, je lisais à cette vitesse que seule la prime-adolescence confère.

 

Pourquoi pensez-vous que la Fantasy est aussi accessible aux enfants qu’aux adultes ?

Vous commencez par les contes de fées, et les contes de fées vous accompagnent tandis que vous grandissez, et, comme vous grandissez, vous commencez à comprendre que les contes de fées ne sont pas exactement ce qui se passe en réalité et autour de vous. Si vous êtes attentif, vous vous demandez pourquoi et vous cherchez d’autres histoires pour vous aider à comprendre.

 

Quel est l’intérêt de la Fantasy et de Science-fiction pour raconter des histoires ?

Nous aimons l’idée d’un « Et si ? ». Parce que même de retour au temps des Néandertaliens, vous seriez curieux et vous penseriez que l’avenir peut être différent de ce qu’il est maintenant… sinon vous seriez grillé. De tout temps, la race humaine s’est demandé « Et si ». Tôt ou tard, il arrivera que quelqu’un dise que c’est l’avenir. Nous faisons ces choses, ça nous donne un ensemble d’idées pour un monde n’étant pas exactement comme il est maintenant.

 

Lequel de vos livres est votre préféré ?

Je ne sais pas si c’est mon « préféré », mais les quatre livres sur Tiphaine Patraque, à commencer par Les Ch’tits hommes libres, me sont très chers.

Beaucoup de filles – et quelques garçons – disent qu’ils aiment Tiphaine parce qu’elle est réaliste, elle prend les choses en main, ne se plaint pas plus que nécessaire et elle accomplit toujours son travail jusqu’au bout, sans tergiverser. Certaines de ces notions semblent dépassées de nos jours, mais je les tiens de gens que je connaissais quand j’étais jeune. Et bien sûr, une grande partie de l’histoire de Tiphaine se situe dans le Causse – la campagne où j’ai vécu à l’époque et où je vis maintenant.

 

Quels conseils donneriez-vous aux enfants qui voudraient devenir écrivains, et en quoi seraient-ils différents de ceux que vous donneriez à des adultes qui voudraient devenir écrivains ?

Je dis aux jeunes aspirants écrivains de tenir un journal et de le tenir tant que vous le pouvez. Je regrette de ne pas l’avoir fait. Je l’ai fait de temps en temps et j’ai laissé tomber. Mais il devrait y avoir un bon vieux journal disant : « Qu’est-ce que j’ai pensé quand ça s’est passé ? » et « C’est ce que j’ai ressenti quand c’est arrivé... ». Rappelez-vous qui vous avez été, qui vous avez rencontré et toutes les drôles de têtes vous avez vues.

Je dis aux adultes que le bon coté d’être son propre patron, c’est que vous ne pouvez pas être licencié.

 

Le nouveau livre de Terry Pratchett Dragons at crumbling castle sera publié le 11 septembre 2014.

 

Interview traduite par Mr Gravier, Mirliton et Linou213

par Linou213