Terry Pratchett

Les origines de l'espace B : Terry Pratchett retourne là où tout a commencé.

Comme tout lecteur le sait, il y a quelque chose de puissamment magique dans de grandes concentrations de livres. Comme Terry Pratchett l'écrit dans Au Guet ! :
"Une bonne bibliothèque n'est donc qu'un trou noir cultivé."

Les bibliothèques et les librairies sont des entrées vers l'espace-B, et dans l'espace-B, tout peut arriver.

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L'un des fils les plus aimés de Beaconsfield, Sir Terry Pratchett, est retourné dans son enfance cet après-midi [17/07/13] lorsqu'il a donné une conférence pour à la bibliothèque de Beaconsfield.

L'ancien garçon de bibliothèque du samedi et reporter de Bucks Free Press [NdT : hebdomadaire local] a parlé de sa vie et de son travail, rendant hommage à l'influence que la bibliothèque a eu sur l'immense succès de sa carrière.

Sir Terry a contacté le personnel de son propre chef pour organiser l'évènement. Carolyn Ing, l'assistante bibliothécaire, dit : « Ça a été absolument fantastique d'avoir Sir Terry ici. Nous aurions pu vendre deux fois plus de tickets, tellement il y avait de gens qui voulaient le voir. Nous lui sommes tellement reconnaissants de nous avoir donné l'argent, c'est une chose importante pour la bibliothèque et ça aidera beaucoup.
Il nous a contacté et a dit qu'il adorerait venir et c'est juste parti de ça. Ce n'était pas pour promouvoir un livre particulier, donc il a peut-être juste senti que c'était le bon moment.
C'est aussi une bonne opportunité pour attirer l'attention sur la bibliothèque et montrer aux gens où nous sommes et ce que nous faisons. »

La bibliothèque de Beaconsfield n'est peut-être pas grande, mais elle est spéciale pour Pratchett. Comme il le dit à un auditoire de près de 70 personnes, serrées à l'intérieur par le plus chaud jour de l'été, il n'aimait pas l'école ; il allait donc à la bibliothèque pour lire. Beaucoup. La bibliothèque de Wycombe au bout de la rue était plus grande, mais elle était pleine de « femmes féroces en gaines de cuir » qui voulaient lui dire quels livres étaient « adaptés ». A Beaconsfield, il pouvait lire ce qu'il aimait. Et il le faisait.

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Il faisait son chemin dans la lecture à travers tous les volumes reliés de Punch [NdT : hebdomadaire satirique anglais], en apprenant auprès des maîtres de l'humour. (« Vous les avez enlevés ? Où sont-ils allés ? » proteste-t-il quand l'une des bibliothécaires avoue qu'ils ne les ont plus.)

Avant Punch, c'était Le Vent dans les Saules. (« Je l'ai lu trois fois, l'une après l'autre. J'ai réalisé que c'était inventé. C'était un gros mensonge. Et c'était mieux que la vérité. ») Et Moomintroll. Et 1066 and All That [NdT : remake de l'histoire de l'Angleterre].

« Vous grandissez quand vous commencez à lire des livres de grande personne. Lisez toujours des livres qui sont un peu trop grands pour vous » dit-il aux enfants dans le public.

Il a écrit sa première nouvelle pour un professeur remplaçant, qui a ensuite été publiée dans le magazine de l'école. « Les enfants l'adoraient et le directeur la détestait. C'était génial ! » Peu de temps après, il a fui l'école, est devenu journaliste pour les Bucks Free Press, et a vu son texte publiée dans le magazine Science Fantasy. « Et j'étais sur la pente glissante. Vous lisez jusqu'à ce que votre tête soit pleine à exploser, puis Dieu met un doigt sur vous, et vous êtes un écrivain. »

Ces jours-ci, sa maladie exige qu'il utilise le logiciel de dictée (Talking Point et Dragon Dictate) pour écrire ses romans. Lui et son assistant, Rob, (« certains jours, je me sens comme Tambourinœud, les autres jours comme Villequin ») échangent des anecdotes sur la programmation du logiciel américain pour qu'il écrive arse et non pas ass [NdT : autrement dit, con et non pas cul].

« Nous avons créé notre propre commande dans Talking Point » dit Rob à l'auditoire. « Fais le Ménage est censé supprimer tout le formatage d'un morceau du texte. Parfois je peux entendre la voix de Terry dans le bureau. “ Fais le Ménage. Fais le Ménage. FAIS. LE. MENAGE. ” »

« Je ne suis pas sûr que les ordinateurs n'aient pas d'âme », dit Pratchett. « Ils pourraient être plutôt du genre un peu cons... »

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Quelqu'un de l'auditoire demande à Pratchett quel est son personnage préféré du Disque-Monde, et la réponse arrive sans une hésitation :

« Tiphaine Patraque. Je suis tombé amoureux d'elle. C'est comme ça quand un personnage commence à agir comme s'il était vivant. C'est aussi arrivé avec Mémé Ciredutemps. Et Sam Vimaire. Si je le remonte, il peut continuer aussi longtemps que je continue à le nourrir. »

Un autre habitant de Lancre a ses origines non loin de là. « La dame qui est devenu Nounou Ogg venait de la vieille ville de Beaconsfield. Elle avait été un enfant trouvé et sa vie avait été dure, mais elle était toujours gaie. Elle avait un rire comme la pluie. Mes parents l'emmenaient dîner et elle venait toujours avec eux, même si elle venait juste de manger. Et elle envoyait à mon père des images coquines pour Noël. »

Les écrivains sont dingues, dit-il, toujours en train de ramasser des choses intéressantes. Mais il y a aussi un côté obscur à cela.

« C'est ce que j'appelle le Moulin Noir. Quand mon père était mourant et que ma mère pleurait et que je la réconfortait – il y avait une partie de mon cerveau qui disait “ alors, c'est à ça que ça ressemble... ” Tout est du blé à moudre pour le Moulin Noir. Ce sera utilisé un jour. »

Les gens écrivent pour demander d'où lui viennent ses idées, mais il n'y a vraiment pas de recette. (« Tu avais une fois écrit une lettre en répondant “ il y a cette petite boutique à Basingstoke... ” lui rappelle Rob. Pratchett glousse. “ Il est probablement toujours là-bas, en train de la chercher. ”)

Un jeune membre du public demande quel est son conseil aux jeunes écrivains. « ECRIVEZ ! » s'entend-il répondre. « Et ayez une seconde corde à votre arc pour pouvoir gagner de l'argent. »

Que fait-t-il quand il n'écrit pas ? « Qu'est-ce que ne pas écrire ? » rétorque-t-il, ce qui amène loin dans les anecdotes des gadgets qu'il a utilisé au fil du temps afin qu'il puisse écrire même loin de son bureau. Un Toshiba Libretto. Des Palm Pilots. Des Blackberry. Des rouleaux de papier toilettes. (« Je garde tout » confesse Rob.)

Aimerait-il vivre sur le Disque-Monde ? « Il n'existe pas » murmure-t-il sur scène – et puis il revient sur sa décision et dit oui, tant que Vétérini est son ami (ce qui semble plein de bon sens).

Venant juste d'envoyer le travail en cours de Pratchett, Raising Steam, à leur éditeur, Rob en a un extrait sur son portable. Il en lit une page ou deux, dans lesquelles les résidents de Sto Lat assistent au voyage inaugural du premier train à vapeur du Disque-Monde. Au premier rang il y a un jeune garçon avec un train à vapeur sur son t-shirt, qui semble personnifier tous les petits garçons de l'histoire qui se tiennent avec des lunettes aux yeux tandis que « les spectateurs commencent à s'écarter puis prennent leurs jambes à leur cou... ».

Ensuite Pratchett revient aux bibliothèques et à l'espace-B.
« Je suis venu ici parce que je soutiens les bibliothèques et je soutiens les bibliothécaires. Google c'est bien. On cherche sur Google mieux que jamais. Mais Google est bien seulement si vous savez déjà ce que vous voulez chercher. Vous ne pouvez pas feuilleter Google. »

Il regarde sévèrement l'un des bibliothécaires.

« Les bibliothèques devraient être pleines de livres. De vieux livres. »

L'argent récolté grâce à la vente des tickets est revenu, à la demande de Pratchett, à la bibliothèque. « Et non pas à quelque groupement général. Cette bibliothèque. Vous pouvez acheter des centaines de ces Punch ! »

Clairement, ces volumes manquants sont un point sensible. Maisen attendant qu'ils soient récupérés, les écrivains en herbe dans la bibliothèque pourraient trouver pire qu'apprendre d'un maître contemporain – Terry Pratchett, le créateur du Disque-Monde.

par Leïa Tortoise