Vade-Mecum - Articles sur Stephen Player

Stephen Player dans l'émission Plain Ketchup

Plain Ketchup est un podcast réalisé par Lindsey Hinkel et Jaime Nelson:

"Lindsey Hinkel a une expérience dans le journalisme et les Relations Publiques. Elle vit dans le Wisconsin et va à l'université. Elle boit huit verres d'eau chaque jour et n'a pas eu d'accident de la circulation depuis 2006.
Jaime Nelson a une expérience dans la publicité et l'écriture créative. Elle vit et travaille dans le New Jersey, sur la côté juste en face de Manhattan. Elle aimerait que l'état du New Jersey l'autorise à avoir son propre bouquetin domestique."

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L'artiste Stephen Player parle du Porcher et d'autres œuvres du Disque-Monde

Stephen Player est un illustrateur et maître de conférence de l'académie des arts de San Francisco. En plus d'illustrer des livres d'horreur et une publicité récente pour Geico TV, Player a travaillé sur de nombreux projets pour leauts Annales du Disque-Monde de Terry Pratchett, dont le jeu Guards! Guards!, plusieurs livres comme Les chtits hommes libres et les études graphiques du film Hogfather [NdT: Les Contes du Disque-Monde].


LH : Alors qu'est-ce qu'on a aujourd'hui dans le studio, Jaime ?
JN : C'est l'artiste et illustrateur Stephen Player.
LH : Salut Stephen !
JN : Comment allez-vous Stephen ?
SP : Ça va bien, et vous ?

JN : Ça va bien. Eh bien, merci de venir dans l'émission, et avant d'entrer dans le vif du sujet j'ai une question, j'ai toujours voulu savoir. J'ai un peu peur que nos auditeurs soient un peu perdus et je vais essayer de ne pas être trop compliqué mais... de votre point de vue professionnel et artistique, quelle est votre couleur préférée ?
SP : Ça a changé avec le temps, j'aimais dire bleu quand on me le demandait, mais le problème avec les couleurs c'est qu'il y en a tant qui portent le même nom, vous voyez, il y a un jaune qu'on déteste et un jaune qu'on aime, et un bleu qu'on déteste et un bleu qu'on aime, et au final c'est en fait très dur de mettre un nom là-dessus. J'ai peur de devoir passer cette question.

JN : Ok, eh bien c'était une assez bonne réponse. Alors, parlons de vous. Vous êtes illustrateur, vous avez écrits des livres et avez réalisé, entre autres, la Carte du Disque-Monde et le jeu Guard! Guards!. Qu'avez-vous fait récemment, qu'avez-vous en cours ?
SP : Eh bien pour l'instant je travaille sur un autre projet lié à Terry Pratchett, en l'occurrence une édition limitée, il devrait y en avoir une centaine apparemment, et je peint ça sur ordinateur. Sinon j'ai deux projets de commandes privées mais récemment, à cause de la crise etc, surtout en Angleterre, d'où me vient l'essentiel de mon travail, l'illustration ne se porte pas très bien.

JN : Hmm...
LH : Et vous enseignez aussi, n'est-ce pas ?
SP : Oui. J'enseigne à l'académie des arts de San Francisco. C'est un grand plaisir. Tout simplement, au début c'était pour obtenir ma carte verte, mais je l'ai eu il y a longtemps et j'ai tellement aimé ça... Bon, on a tendance à comprendre en tant qu'artiste, ou artiste indépendant, qu'on vit à la maison dans une pièce à part ou n'importe où on travaille, et j'ai passé environ quinze ans à faire ça avant de commencer à enseigner, et c'était un peu un choc pour l'organisme de devoir parler à plein de gens et de ne pas être coincé dans une petite pièce en ne recevant que vos amis le soir et des trucs comme ça. Alors oui, c'était plutôt une expérience que j'ai d'abord perçu négativement mais maintenant j'aime bien et je suis... Bon pas vraiment ma vie sociale, mais mon exposition, en particulier à des jeunes gens.
JN : Ouais, un peu le contraire des besoins d'un artiste. Se lever et se tenir devant des gens et en parler.
SP : C'est ça, plutôt qu'être en haut de votre petite tour d'ivoire ou quoi que ce soit.

JN : Donc en plus de tout ça, vous avez aussi créé les concept art du téléfilm Les Contes du Disque-Monde, c'est ça ?
SP : Oui.
JN : C'est très différent de, vous savez, de peindre quelque chose et de le voir imprimer dans un livre, on inspire les costumes et les effets spéciaux, et même les constructeurs de plateaux et de trucs, et on voit vraiment ce qu'on a dessiné naître à l'écran ou faire partie de l'ensemble. À quel point c'est réel ?
SP : C'était la première fois, la seule fois même, et c'était assez étrange. Surtout quand, vous savez, je vois des films comme tout le monde, et j'ai quelques livres sur les métiers du cinéma, je suis bien au courant de la façon dont l'art tend à changer entre la conception et la réalisation du film, je ne sais pas quelles pressions entrent en œuvre mais il y a beaucoup de trucs qui semblent se passer entre les deux points et donc je ne pensais pas que mes dessins apparaitraient tels que je les avaient fait. Je pensais qu'ils allaient être intégrés au final mais il y avait beaucoup de choses qui étaient directement issus de mes dessins et j'étais assez surpris, pour dire la vérité j'avais en fait décidé de maintenir mes attentes au plus bas donc j'ai été très surpris de les voir devenir réalité.

JN : Pour nos auditeurs qui ont vu le film, voulez-vous nous citer une liste de choses qui étaient assez proches de ce que vous aviez créé ?
SP : Ah, c'est là que vous allez tester ma mémoire. Mon Terry Pratchett repose sur le travail que j'ai fait, et je fais beaucoup d'autres choses aussi, alors... Je me souviens que la créature mange-chaussette était à presque 100% la mienne, et l'ordinateur Sort et bien sûr le château des Ossements, l'extérieur était exactement comme je l'avais dessiné.
JN : Eh bien ce sont les détails les mieux définis du film.
SP : Apparemment le fils de Timothy Spall était payé pour être le dieu des gueules de bois, Bilieux, c'était la force de mon dessin, il fallait qu'il lui ressemble.
JN : Je ne le savais pas.
SP : C'était étrange.

JN : Je suis allée à votre présentation au Terry Pratchett Lovefest, comme je l'appellerait, à Madison, qui était fantastique, et j'ai aimé voir les différentes étapes de chaque dessin, que ce soit quelque chose qui arrive naturellement dans le processus, ou des trucs sur lesquels vous allez et revenez comme un client disant "Oh j'aimerais que ça ressemble un peu plus à ça". Quel est le plus grand nombre d'ébauches que vous ayez dû faire en travaillant pour un client ?
SP : Eh bien ça peut être un problème : parfois le client va... on aura l'impression que le client veut avoir un aperçu de votre travail, ils veulent qu'on soit conscients de leur présence. Parfois ils auront un problème avec un personnage. En réalité c'était un truc de Terry Pratchett, c'était les Feegles, j'ai fait les Ch'tits Hommes libres et les Feegles n'avaient pas encore été représentés alors j'ai dû les illustrer à ma manière. Donc j'ai fait un Feegle dans un très beau style, a-t-il dit lui-même, et l'ai envoyé à Terry en pensant que ça pourrait passer, et bien sûr c'est revenu en disant "Oh non non, ce n'est pas du tout ce que nous voulons" et donc j'en ai fait un autre, mais il n'était pas aussi bien rendu donc renvoyé "Oh non non, trop mignon", ou "pas assez mignon", etc. Aller-retour, aller-retour, je ne me souviens pas combien de fois mais c'était la plus longue création de personnage ou d'image.

JN : Quand vous étiez à Madison, avez-vous eu une chance de passer à l'exposition artistique de la place ?
SP : J'y suis allé, j'y suis allé, je me lève tôt le matin, en général vers deux ou trois heures.
JN : C'est à cause du décalage horaire ou... ?
SP : Non c'est juste moi. Je dois faire ça le matin.
JN : Même si vous êtes en Californie.
SP : Donc oui, c'est moi, je suis habitué à faire ce genre de déambulations dès potron-minet, et je l'ai fait, parce que c'était sympa et à Madison il fait très chaud, assez chaud et humide.
JN : On a la réputation, bon je dis "on", mais j'ai grandi à Madison, on a la réputation d'avoir un temps très froid dans le Wisconsin mais les étés sont chauds.
SP : C'est ça, là-bas les gens demandaient "Comment c'était ?" et il faisait si chaud ! Le seul endroit aussi chaud dont je peux me souvenir c'est l'Égypte, j'ai pris quatre chemises pour ces quatre jours, ce qui est normal pour moi, mais bien sûr j'ai mis le pied dehors et il m'a immédiatement fallu une autre chemise car j'étais complètement gluant... Mais oui, je suis allé traîner autour des œuvres et de la source qui les imprime, et je pense que toute la ville était un peu idyllique.

JN : Oh, merci. Je ne sais pas pour vous, quand je visite des expositions artistiques et des trucs il y a souvent deux motifs ou symboles qui, si je les vois, me font penser: "Oh, ce truc me représente en tant que personne" et il faut que je l'aie. Pour moi, ce sont les chèvres et les carnavals. Et si c'est une chèvre dans une carnaval, laissez tomber, je vais chercher mon porte-monnaie. Y a-t-il quoi que ce soit dans l'œuvre des autres qui vous attire plus qu'autre chose ?
SP : Oh mon dieu, celle-là est difficile pour moi. Je n'y ai jamais pensé. Hmmm... qu'est-ce qui m'attire... Je pense le corps humain, résolument. Une merveilleuse représentation du corps humain m'attirerait définitivement parce que je pense que ça attire n'importe qui, c'est nos instincts de base d'être attiré par tout ce qui est vaguement érotique. Mais sinon, il n'y a pas de créature que je collectionne en particulier, ni rien de ce genre, non, désolé.
JN : C'est pas grave, je suis juste un peu bizarre, c'est tout. Pas de souci.
SP : Pas de souci.

LH : Quand avez-vous commencé à dessiner ? Étiez-vous un gros dessinateur, enfant ?
SP : Oui, absolument, c'était mon dada et je crois, je ne sais pas pour les autres, mais je crois qu'on finit par faire ce pour quoi on est doué quand on est enfant. Et quand on arrive vers la cinquantaine, j'ai désormais 46 ans, on commence à se dire "Pourquoi je fais ce que je fais ?" et tout ça, et on regarde en arrière et il n'y a qu'un catalogue d'accidents : vos parents vous ont vu: "Oh, tu dessines ça, ça y ressemble vraiment" et on se dit: "Oh je le referais parce que les parents aiment ça" et puis à l'école ça vous rend populaire, etc. Alors oui, j'ai commencé à dessiner quand j'avais... avant même de pouvoir m'en souvenir. Mes parents me disaient constamment de sortir un peu et de jouer, de grimper aux arbres et ces trucs, mais je m'asseyais et je dessinais et c'était tout ce que je voulais faire, je crois. Parce que, je pense, j'en ai tiré beaucoup de félicitations dès le départ.
JN : Ouais, je suis complètement d'accord avec ça, parce qu'il semble que les choses que j'ai faites obsessionnellement quand j'étais enfant, je les fais toujours obsessionnellement en tant qu'adulte et je pensais que peut-être je n'avais jamais vraiment grandi, mais ça semble un peu plus logique.
SP : On se plonge aussi dans quelque chose parce qu'on le suit un peu plus pour une raison ou une autre, on fait quelque chose d'autre, ça crée plus d'intérêt, on se renseigne plus, on commence en bas de cette petite avenue qui finit par être la course de votre vie. Les actions étranges sont centrales, je crois.

JN : J'aime assez que beaucoup de vos dessins soient assez sombres ou terreux parce que, c'est bizarre à dire, ça me rappelle mon enfance et les choses qui m'intéressaient dans le dessin. On avait le gamin à coté de moi avec ses crayons qui dessinait des arcs-en-ciel et ces trucs, et je dessinnais toujours des loups-garous, des fantômes et des monstres, tout ça, donc... Ben vos dessins me rappellent ça.
SP : C'est exactement ça, oui. J'étais juste le gamin qui faisait les trucs effrayants, vous savez, les araignées en caoutchouc, quand j'étais gamin dans les années 70. C'était le genre d'objets qu'on pouvait avoir. Mais j'adorais tous ces trucs et comme plein de petits garçons de mon âge, et parce que je dessinais je voulais faire ça, et puis ça a évolué et c'est devenu un peu plus sophistiqué en le faisant. Et si on regarde les gens, même ceux qui réussissent le plus outrancièrement, on peut plus ou moins voir le petit gamin ringard qu'ils étaient. La racine de leur enfance, vous voyez.

LH : Est-ce que vous avez toujours vos anciens carnets à dessins ou des dessins de votre enfance ?
SP : Ce qui est drôle en fait c'est que quand je suis revenu la première fois, j'avais vécu en Amérique pendant onze ans, et je suis revenu pour voir ma famille pour la première fois en neuf ans, ça fait deux ans, évidemment, et quand je suis arrivé on a mangé toutes sortes de plats et tout dans le jardin de ma sœur, et ils avaient trouvé un genre de carton à dessin qui avait été caché sous un lit depuis perpète, avec tous les trucs de mon école, donc oui j'ai récemment découvert cette cachette au trésor, je ne suis pas sûr que trésor soit le mot, mais une énorme quantité de dessin que j'avais fait quand j'étais gamin et c'était presque comme de retrouver de vieux amis que j'avais presque oublié et tout à coup: "Oh mon dieu, j'ai passé des heures et des heures sur ce dessin".

JN : Était-il aussi bon que dans vos souvenirs ou était-ce "Wow, dans mon souvenir c'était un peu mieux" ?
SP : Ce que je devrais dire maintenant c'est qu'il n'étaient pas aussi bon que je m'en souvenais, pour faire preuve d'un peu d'humilité, mais j'étais assez impressionné. Je m'attendais à ce qu'ils soient pire. "Oh, finalement ce dessin n'est pas mal", parce que j'enseigne, vous voyez, donc je connais les niveaux et donc j'étais assez bon pour cet âge.
JN : Oh, c'est impressionnant. J'avais, je devais avoir environ sept ans ou à peu près, j'ai dessiné un cimetière, parce que je suis morbide. Et c'était comme si c'était le plus beau dessin de cimetière de tous les temps, et comme j'avais un de ces carnets dont les pages sont très mal collées, j'ai perdu cette fantastique représentation de cimetière, et je ne l'ai pas retrouvé pendant dix ans. Mais pendant ces dix ans, je n'ai jamais vraiment oublié ce fabuleux dessin qui serait le meilleur que j'aie jamais fait de toute ma vie, et bien sûr quand je l'ai trouvé dix ans plus tard, il avait changé derrière mon dos et était un peu le pire dessin de tous les temps. La même chose a dû arriver à Bono : les paroles qu'il avait perdues dans sa serviette, quand il les a retrouvées des années plus tard et qu'elles étaient horribles, alors qu'on avait toujours dit à tout le monde qu'elles étaient les meilleures de tous les temps.

SP : Eh bien je suppose que ça dépend de votre niveau de tolérance envers vos points de vue d'enfants, vous voyez ce que je veux dire ?
SL : Oui !
SP : Parce qu'on peut être un peu plus strict ou un peu plus indulgent, et je pense vraiment, ça à l'air d'une blague, je pense vraiment que ça dépend de la façon dont on ressent sa propre enfance, et maintenant je regarde l'enfant que j'étais avec un peu d'affection mais je suis un peu plus indulgent avec lui que je ne l'étais à l'époque. Je me souviens avoir lu des trucs que j'avais écrit, et c'était atroce, absolument atroce. Je déteste écrire parce que dix minutes plus tard je regarde ce que j'ai fait et: "Oh mon dieu, à quoi tu pensais ?".
JN : Eh bien vous vous développez très vite alors, en tant qu'écrivain.
SP : Ça me saoule.
JN : Ouais, je suis auteur aussi, et on a ce truc où on dit: "Écris quelque chose, mets-le dans un tiroir pendant un an et reviens-y et réécris le."
SP : Je n'écrirais jamais plus d'un truc si ça arrivait, je le réécrirais tout le temps.

JN : À l'université j'ai suivi deux cours d'art, et on avait ce professeur, on l'appelait BJP, pour Beloved Professor Jo [NdT : Notre bien aimé professeur Jo], je crois que ce serait une bonne leçon pour vos étudiants parce que vous enseignez la perspective, n'est-ce pas ?
SP : Oui, entre autres choses.
JN : Ouais c'est une leçon de perspective, c'est aussi un peu morbide, il raconte une histoire de quand il conduisait dans la neige et il a pris une petite route et a heurté un cerf. Il est sorti de sa voiture et a vérifié, le cerf est mort, pas moyen de le sauver, donc il se sent très mal, il remonte en voiture, conduit quelques mètres et BAM ! Il heurte un deuxième cerf. Et il sort de la voiture, ce cerf est mort aussi et il regarde le premier: "Wow, maintenant celui-là a l'air beaucoup plus petit que ce cerf." Et alors il comprend tout à coup "Oh, plus on est loin d'un objet, plus il est petit." Et c'était la façon dont notre professeur d'art nous l'expliquait.
SP : Ouais, c'est intéressant. Une façon très mémorable, je ne pense pas que quiconque puisse oublier ça.
JN : Exactement. Vous pouvez la garder.
SP : Merci, je l'utiliserais ce semestre.

JN : Incroyable ! Corrigez-moi si je me trompe, mais vous aimez habituellement dessiner de mémoire, ou suivant votre imagination, et non grâce à la pure observation, n'est-ce pas ?
SP : C'est exact.
JN : Est-ce que c'est un code avec lequel vous vivez ou...
SP : Ça l'est, concrètement. Eh bien, ce qui a l'air bizarre, en tous cas en Amérique, c'est que citer ses sources a l'air parfaitement acceptable. Quand j'étais gamin, quand j'étais à l'école et que j'essayais d'impressionner tout le monde avec la qualité de mes dessins, si on découvrais que vous aviez copié sur une photographie, alors le résultat entier était nul. Et tout le monde vous dirait: "Oh, t'as triché, tu sais pas dessiner, en fait" et je ne pouvais vraiment pas faire ça.
Je me suis forcé à apprendre à dessiner à partir de mon imagination parce que c'était la seule chose reconnue, et puisque c'était ma seule force, il fallait vraiment que je la rende aussi solide que possible. Et dieu merci, parce que ça m'a mis sur la voie de ma carrière. Pourtant, je ne sais pas dans quel étrange petit village des Downs je vivais parce que je n'ai jamais rencontré personne d'autre avec cette attitude, mais c'était très fort l'école. Et alors que tout le monde était heureux d'utiliser des sources, je me sentais toujours très coupable. Et je passais ça à la moulinette de mon imagination, pour dessiner ce dont je me souvenais, et c'était bien sûr inexact, et donc le tout a un certain style pour cette raison.

JN : Peut-être que c'est pour ça que vous tendez à faire beaucoup de trucs de style fantasy, parce que ça repose sur l'imagination.
SP : Absolument. Dieu merci, comme je le dis, j'aime créer plutôt que juste reproduire car c'est ce qu'un artiste devrait faire, et si vous devez rassembler une grande collection de photographies et les rassembler en une seule image juste en les reproduisant, je crois que c'est une autre... c'est le sentiment d'être un dieu alors que vous êtes un peintre. On crée tout ce qu'on met sur la toile, on crée un monde, on peut avoir cet immense plaisir, ou juste utiliser les images de notre monde et les arranger sur une page, et je crois que c'est très différent.
JN : Je pense que c'est pourquoi, comme j'ai dit que je suis auteure, je déteste faire autre chose que de la fiction.
SP : Voilà, parce que c'est restreint, limité.

JN : Je sens que le dessin et l'écriture sont tous deux un peu une sorte de moyen de fuir, c'est quitter le quotidien, et si je copie juste le quotidien, ça ne m'amène nulle part.
SP : Eh bien, vous savez il y a une façon différente de s'en servir, et je peux dessiner à partir de la vie, et prendre un grand plaisir à le faire bien, et j'apprécie les gens qui peuvent le faire bien, mais qui pensent que c'est juste une discipline différente. C'est comme un musicien qui joue de la musique ou un musicien qui en écrit, ce ne sont pas les même choses. Ça peut-être la même personne, mais ce n'est pas le même processus, c'est ce que je veux dire.

JN : Aimez-vous être entouré par votre art ? Je connais certains artistes qui décorent les murs et tout, comme Jim Henson, et d'autres artistes qui ne se détendraient pas s'ils avaient leurs trucs au mur... À quelle catégorie appartenez-vous ?
SP : J'ai beaucoup de mes peintures autour de moi, pas par choix, mais je ne peux pas les vendre. Plutôt que de les avoir derrière quelques portes, ou ailleurs, j'ai un petit appartement, elles sont toutes aux murs, c'est comme une famille maintenant.

JN : Eh bien nous touchons à la fin, où les gens peuvent-ils vous trouver ? Vous avez playergallery.com.
SP : C'est ça, c'est mon site web, et la façon de me contacter, tout les évènements, tout passe par là, oh je suis aussi sur Facebook, voilà.
JN : Eh bien, merci beaucoup pour nous avoir rejoints.
SP : Merci !
JN : Au revoir !

par Leïa Tortoise