Rhianna Pratchett

Rhianna Pratchett parle de Lara Croft et du Créateur du Disque-monde

2013-03-04-rhianna-itw
© Daniel Lynch

La scénariste de jeux vidéos parle du reboot de Tomb Raider, de son enfance de garçon manqué et du fait d'être la fille de Sir Terry Pratchett.

Rhianna Pratchett a commencé à écrire dans un magazine destiné aux « femmes jeunes, sûres d'elles-mêmes et un peu effrayantes ».

L'expérience l'a aidée à gravir les échelons de l'industrie très masculine du jeu vidéo pour devenir une de ses scénaristes les plus recherchées, et à balayer d'un revers de la main le fait de n'être que la fille de Terry Pratchett.

« J'ai vraiment adoré le magazine Minx parce qu'il avait un esprit aiguisé qu'on ne trouve pas souvent dans les magazines féminins ces temps-ci, dit-elle. Je leur ai dit que j'étais une grande joueuse et ils ont décidé d'essayer la publication de critiques de jeux. Ça n'a duré que trois ou quatre numéros avant qu'ils refondent la revue et il n'était plus question que de rouge à lèvres et de garçons. »

J'ai rencontré Rhianna Pratchett lors d'une séance photo dans l'historique East Crypt du Guildhall [NdT: Crypte Est de l'Hôtel de Ville] de Londres et il est vite devenu évident que ce n'était pas le rouge à lèvres qui avait attiré son attention quand elle était jeune.

« Je suis enfant unique, donc je n'ai jamais eu de sœurs pour me dire ce que je devais faire selon mon genre, dit-elle. J'aimais ce que les garçons faisaient et je pensais : “ Pourquoi on leur laisse tous les trucs rigolos ? ”
Je suis allée dans des classes de karaté où c'était globalement une rangée de : armoire à glace, armoire à glace, petite fille de neuf ans, armoire à glace, armoire à glace.
Papa était très versé dans l'électronique, la robotique et les ordinateurs, donc j'étais intéressée par ce qu'il faisait. Je regardais aussi des films comme Terminator et Alien, et supposais que c'était ce que faisaient les femmes : affronter des robots et des aliens. »

Datant de 1042, la East Crypt est un endroit adéquat pour parler du dernier coup de maître de la scénariste de jeux vidéo : le reboot de l'archéologue Lara Croft dans un nouveau jeu Tomb Raider.

Rhianna Pratchett, 36 ans, nous dit :

« C'est une histoire qui parle de la nature résistante de l'esprit humain et de la façon dont il peut se montrer fort dans des circonstances extrêmes. En plus d'influences fictives telles que Lost et The Descent, on s'est inspirés de vrais récits de survie comme celui d'Aron Ralston dans 127 Heures.

Au fil des ans, j'ai eu une relation avec Lara faite de hauts et des bas. J'ai joué au tout premier jeu, en fait papa y a joué et a raté le passage avec le T-Rex, mais c'était quand même génial. Et puis j'ai senti qu'elle se réduisait de plus en plus à une paire de seins, une paire de flingues et une natte.
Elle est devenue plus importante que les jeux et a été hypersexualisée. Je suis assez habituée à ça dans les jeux mais ça donnait l'impression de dire : “mesdames, ce n'est pas pour vous”, et pourtant elle était très populaire chez les joueuses.

La chance de mettre la main sur elle, pour ainsi dire, m'a donné l'occasion de changer les choses. J'ai passé une éternité à travailler sur son passé, ses relations avec les autres personnages, la façon dont elle évolue.
C'est une Lara qui n'a pas tous les flingues et les gadgets, ou la confiance pour se sortir de n'importe quelle situation. Au début je n'avais pas compris à quel point c'est un personnage énorme. Ce n'est que quand j'ai fini le script que je me suis dit : “ Oh bon sang, c'est Lara Croft ” – même ma mère sait qui c'est. »

Rhianna Pratchett admet que son père, l'auteur à succès de la série du Disque-Monde, l'a rendue accro aux jeux vidéo dès son jeune âge.

Elle dit :

« J'avais six ans quand papa a ramené à la maison Mazogs pour le Sinclair ZX81. Il m'a dit récemment que j'en avais peur. Et puis, quand j'ai compris que le petit bonhomme pixelisé avait une petite épée pixelisée et qu'il pouvait tuer les petites bestioles crabes pixelisées, j'en suis tombée amoureuse. »

Se rappelant d'une enfance dans le Somerset environnée par le monde fantastique de son père, elle dit :

« J'aimais grimper dans les arbres et on pouvait souvent me retrouver dans l'un d'eux en train de lire un livre. Je jouais aux jeux avec Papa et je dessinais pour lui les cartes sur du papier isométrique. Ça nous a beaucoup rapprochés. »

On a diagnostiqué à Sir Terry la maladie d’Alzheimer en 2007 et il continue de la combattre.
Rhianna Pratchett dit :

« Il fait aussi bien que n'importe qui avec la maladie. Il écrit toujours et utilise le logiciel de reconnaissance vocale TalkingPoint parce qu'il ne peut plus taper. Les outils ont changé, mais il est toujours une machine à idées. »

Sans doute la meilleure de ces idées était le Disque-Monde, que Sir Terry transmettra à sa fille.

« On a supposé que j'allais écrire le Disque-Monde, ce qui n'est pas tout à fait le cas, explique Rhianna Pratchett. C'est sacré, il est le legs de Papa et je suis la protectrice du Disque-Monde ; cela signifie le protéger aussi de moi-même.
Je n'ai jamais été impliquée dans la série auparavant. J'ai toujours lu les livres, et il m'arrivait de prendre le petit-déjeuner avec lui avant une dédicace parce qu'il était dans des hôtels londoniens qui faisaient d’excellents petits-déjeuners. Mais il n'a jamais joué à un seul de mes jeux, alors...
Papa m'a fait découvrir les jeux, mais ma carrière n'a rien à voir avec sa renommée. Je peux m'asseoir à la table avec mes idées et non pas juste parce que je suis la fille de Terry Pratchett.
Il va toujours y avoir des gens pour penser ça, mais je sens que j'ai fait assez pour justifier ma place, ce qui est très important pour moi.
Il me parle plus comme à un écrivain, ce qui est agréable, et il y a quelque chose dans le sang que je n'ai jamais vraiment reconnu avant que je lise une blague à Papa. Il a ri en pensant que c'était l'une des siennes avant que nous vérifions et non, en fait c'était moi qui l'avait faite. »

Rhianna Pratchett dit que les adaptations du Disque-Monde sont en préparation, ainsi qu'un jeu "si le bon développeur vient frapper à la porte".

Une production télévisé sur le Guet de la série du Disque-Monde est aussi en train de prendre forme.

« Nous travaillons avec BBC Worldwide et Guy Burt qui est un immense fan, mais nous avons encore quelques obstacles à franchir » dit-elle.

Mais ne vous attendez pas à ce que Rhianna Pratchett abandonne son gagne-pain. Quant à la création d'un jeu vidéo de rêve ? «Je voulais être soit écrivain, soit sirène et il y a beaucoup de potentiel dans les jeux qui se déroulent sous l'eau. L'environnement et la physique se prêtent admirablement bien aux jeux, de plus je suis une plongeuse, donc j'adore le monde sous-marin. »

Elle n'est certainement pas écrasée par la pression des attentes.

par Leïa Tortoise