Vade-Mecum - Articles sur Josh Kirby

Entretien avec Josh Kirby

2010-03-15-joshkirby


J'ai appris à dessiner de manière purement académique : leçons de dessin, de peinture, anatomie, dessin d'après des modèles antiques. A cette époque, je me spécialisais dans les portraits. Mais mon intérêt pour la science-fiction est venu plus tard ; même si, dans mon enfance, cela m'intéressait, et cela m'a suivi pendant un certain temps. C'est seulement quand j'ai commencé à vivre de ma peinture que je me suis intéressé à la peinture de science-fiction, et pas seulement à la lecture. J'ai travaillé pour une maison du nom de Panther Books, qui publiait un magazine appelé « Authentic Science Fiction » ; et comme je travaillais pour eux en freelance, à peindre des couvertures de westerns, de récits de guerre, ce genre de chose, ils m'ont proposé de réaliser les couvertures d'Authentic Science Fiction. Et là, comme cet aspect-là m'intéressait plus, j'ai petit à petit commencé à me spécialiser dans cet univers de la science-fiction, par goût personnel.
Quand on parle d'un roman de science-fiction, on est sous la dictée de l'imagination de l'auteur, mais on a tendance, naturellement, à en faire une interprétation personnelle de ce qu'il a écrit, et à en créer une forme visuelle. En somme, c'est une combinaison de l'imagination de l'auteur et de la nôtre propre.

- Mais vous avez réalisé des œuvres qui étaient entièrement le produit de votre propre imagination. Comment est-ce que cela se passe ? Vous ne sortez pas dessiner d'après nature...

- Non, non, je ne croise pas tellement d'extraterrestres ces temps-ci. Mais, en réalité, c'est une évolution progressive, à partir de la représentation des thèmes d'un auteur ; en temps voulu, j'ai simplement décidé de suivre mes propres penchants imaginatifs ; de, eh bien, créer un monde, si vous voulez, et de le peupler de créatures et d'extraterrestres, juste pour m'amuser et pour le plaisir. C'est agréable, vous savez, de décider les règles soi-même.

- Est-ce que vous suivez une tradition particulière dans la peinture de science-fiction ?

- Oui, en fait, c'est une tradition plutôt ancienne en ce qui concerne les arts visuels.

- Vraiment ?

- Si on considère des gens comme Jérôme Bosch et Brueghel comme anciens, oui, pour moi, ce sont les premiers peintres de science-fiction dans la tradition actuelle. Quand Jérôme Bosch peignait des scènes de l'Enfer, du Jardin des Délices et du Paradis, en les remplissant de toutes sortes d'étranges créatures imaginaires, pour moi, c'est de la science-fiction, de la science-fantasy. Et j'essaie de suivre les traditions, ce qui fait que je suis effectivement lié à une tradition en peinture. Je ne veux pas être séparé des peintres du passé ; je suis plus ou moins assis, ou debout, sur leurs épaules, et je me souviens d'eux quand je peins.
Même s'il y a eu une vague technologique et que, depuis « 2001 », il y a un engouement pour les grands vaisseaux dans l'espace, ça ne m'a jamais vraiment intéressé. J'ai plutôt suivi l'aspect de la science-fiction qui se concentre sur les créatures extraterrestres ; le champ de l'imagination, plutôt que la ferraille et la technologie ; même si j'ai parfois peint des vaisseaux spatiaux de cette sorte, cela n'a pas l'atmosphère qui me plaît dans la science-fiction. J'aime les créatures extraterrestres sur des planètes étranges, et...

- En relation avec les Terriens ?

- Eh bien, peut-être, avec des Terriens parmi eux, en train de lier amitié. On leur a donné une mauvaise réputation, aux aliens ; et un de mes rôles est de leur en donner une meilleure, pour quand ils arriveront ici ; de sorte qu'au lieu de venir à leur rencontre et de les accueillir avec des armes et tout ça, on puisse leur serrer la main, ou le tentacule, leur parler les yeux dans les facettes.
A cause du lien avec le passé, avec Jérôme Bosch et Brueghel, un jour, ce sera reconnu comme un aspect authentique de l'histoire de l'art et de la forme artistique. C'est un fil rouge qui s'est prolongé pendant des années et des années, même dans les histoires de la mythologie, les mythes grecs et ainsi de suite. Il y a de la littérature de science-fiction qui remonte à l'an zéro !
Pour moi, les vacances sont une menace... [rires] La seule chose que j'aime vraiment faire à fond, et où je me réalise pleinement, ce sont mes peintures ; et donc, je suppose que, pour moi, travailler, c'est des vacances !

par ITV Anglia