Interview : Steeleye Span s'associe à Terry Pratchett

Maddy Prior, plus connue dans son rôle de chanteuse du groupe Steeleye Span, présentera son talent à l'Elgiva de Chesham [Ndt : théâtre anglais] lundi soir.

Elle parle ici à Victoria MacFarlaine au sujet de son travail avec Terry Pratchett et de sa nouvelle collaboration.

Qu'avez-vous prévu pour le spectacle à l'Elgiva ?

Eh bien, il y a un trio formé avec Hannah James et Giles Lewin. C'est absolument génial car ils sont tous deux de très bons chanteurs ; Hannah joue de l'accordéon, Giles joue du violon, de la cornemuse, et un tas de choses. Ils sont tous deux de bons musiciens et Hannah est championne de clog dance [NdT : type de danse folklorique]. Tout est fait pour un spectacle absolument merveilleux.

C'est légèrement différent, alors, de ce que vous avez fait précédemment ?

Oh oui, très différent, mais cela dit... j'aime penser que c'est un spectacle très intéressant et certainement très accompli d'un point de vue musical.

Trouvez-vous que vous avez une grande variété d'âges dans le public ? Les enfants qui ont écouté les albums de leurs parents et sont maintenant devenus fans ?

J'ai en effet beaucoup de ça avec Steeleye. Mais c'est un très beau concert, et le public l'apprécie vraiment et ça lui plaît. Je pense que c'est parce que ça sort un peu des sentiers battus. Il faut être assez courageux pour essayer quelque chose de nouveau.

Vous êtes dans le milieu depuis de nombreuses années – est-ce difficile de mettre en place une liste de morceaux pour le concert quand vous avez à choisir parmi tant de chansons ?

Eh bien, curieusement, j'ai tendance à travailler sur beaucoup de nouveaux sons avec Steeleye, et nous avons intégré beaucoup de ces nouveaux sons. Une espèce de mélange entre toutes sortes de musiques, incluant d' anciennes œuvres anglaises, traditionnelles, médiévales, et d'autres d'Europe et d'Amérique. C'est un spectacle très varié, si vous voulez. J'aime mélanger les choses par thèmes, si vous voulez.

Quelle est votre chanson préférée que vous aimez interpréter ?

Ce serait trop difficile d'en cerner vraiment une. Ça dépend avec qui je travaille, et de quoi il s'agit. Il y en a plein – "All around my hat" en est une bonne avec Steeleye. C'est notre hymne, si vous voulez. Et je l'aime toujours, en fait. J'ai surmonté l'embarras qu'elle me causait.

Dites-m'en plus sur votre collaboration avec Terry Pratchett. Vous avez aussi joué pour la fête d'anniversaire de ses soixante ans ?

Nous l'avons fait, et pour cette tournée de Noël que nous allons faire en décembre, une bonne partie de notre répertoire est basé sur l'un de ses livres, un de ceux de Tiphaine Patraque – un album entier intitulé Wintersmith [NdT: L'Hiverrier]. Et il est sur le coup avec nous, ce qui est vraiment sympa. On peut dire qu'on le connaît assez bien.

À quoi ressemble le travail avec lui ?

Il est aussi astucieux qu'il l'a toujours été. Rien ne lui échappe. Il remarque tout et se souvient des choses. Nous avons récemment passé une journée avec lui à faire des trucs sur l'album.

Donc vous avez parcouru ses livres et les avez concrètement mis en musique ?

Oui – il a suggéré qu'on le fasse, et ça nous a pris deux ans de tourner autour parce qu'on est comme ça, et finalement on l'a fait. Je dois dire que ce sont de super chansons. Ça va être un album vraiment sympa. Ça devrait être très fort. Il sortira au milieu de notre tournée, on l'espère. Si les choses suivent leur cours normal, ce sera trois jours après le début de la tournée. Ça n'arrive jamais pile à l'heure !

En est-il heureux ?

Oui, il est ravi. Je ne pense pas qu'il ait encore tout entendu, mais nous-mêmes on n'a pas encore tout entendu ! (rires)

Est-il votre plus grand fan ?

Oui, quand il a fait Desert Island Discs [NdT : émission de la BBC où l'invité choisit un certain nombre de choses à emporter sur une île déserte, dont des œuvres musicales], nous étions le groupe qu'il avait choisi, et la chanson qu'il avait choisi était Thomas the Rhymer, donc nous sommes manifestement parmi ses favoris. Et si vous lisez les livres, je peux voir des références et des idées qui proviennent du folklore traditionnel en général. Il lit évidemment beaucoup sur ce genre de choses.
Il y a là quelque chose qui nous lie depuis très longtemps, mais on le connait depuis des années, en fait.

Comment était-ce de travailler avec lui ? N'y avait-il pas de désaccord sur les chansons ?

Non, il nous a juste laissé faire les chansons, c'est notre truc. Il est assez impliqué dedans surtout parce que nous sommes amis. C'est essentiellement son oeuvre en ce sens. Ça a été vraiment agréable, et avec Steeleye, nous avons toujours été en désaccord et débattu, c'est une espèce de démon créatif, si vous voulez. Nous avons des disputes depuis 45 ans (rires). C'est seulement parce qu'on s'aime, comme on dit ! (rires)
C'est quand même un bon groupe auquel appartenir.

Y a-t-il quelque chose de plus que vous aimeriez accomplir ?

Je pense que ce serait bien qu'on aie une renaissance avec cet album, comme c'est un album fort avec des choses inhabituelles dedans. Ce serait bien qu'on soient reconnus – sous quelle forme, je ne sais pas vraiment. Ce serait bien que ça se produise – pour Terry avant tout.

Quel est votre principal événement marquant durant toutes ces années ?

Il y en a beaucoup. Nous avons joué cinq nuits au forum de Los Angeles, qui est un immense endroit, avec Jethro Tull ; c'était leur concert. Mais c'était juste magnifique de jouer dans un endroit comme ça. Ça a été un grand tour de montagnes russes, et on a beaucoup ri. Steeleye a beaucoup ri.

Des regrets ?

Des millions et aucun. Il y a toujours des choses pour lesquelles on aurait aimé être mieux informés. Mais, d'une manière générale, c'était bien. Je n'aurais vraiment pas pu demander mieux. J'ai été bénie.

Où vivez-vous désormais ?

Je vis dans le nord du Cumbrie, juste à la frontière, et je dirige des ateliers et des cours le weekend, de chant et de poésie. On chante pour les personnes qui manquent de confiance – pour des gens à qui on a dit qu'ils ne pouvaient pas chanter. Franchement, le nombre de gens à qui on a dit qu'il ne pouvaient pas chanter ! Le fait est qu'on n'a à le dire qu'une fois et ils ne chanteront plus jamais.
Surtout quand vous êtes jeune – les gens disent que vous ne pouvez pas chanter et vous dites « oh d'accord, je ne chanterai pas, alors ». Et ça prend parfois 30 ans avant que vous ne réexaminiez ça.
On ne devrait jamais dire à quelqu'un qu'il ne peut pas chanter. Et étonnamment, ce sont souvent des professeurs – c'est dingue.