Traduction : De Bons Présages n’est pas drôle ? C’est hilarant.

De Bons Présages (Good Omens) n’est pas drôle ? C’est hilarant.

 

Certains des premiers critiques du roman de Neil Gaiman et Terry Pratchett ont déclaré qu’il manquait de bonnes phrases. Mais on pourrait passer toute la journée à citer des révélations étonnantes.

 

L’année prochaine, De Bons Présages aura trente ans. Au cours de ces trois décennies, il s’est vendu à des millions d’exemplaires à travers le monde et a été adapté à la radio. Terry Gilliam a déjà essayé d’en faire un film et il sera (probablement) une énorme série télévisée cette année. Ses auteurs, quant à eux, ont vendu individuellement plusieurs millions de livres supplémentaires et mis en place des industries entières. Mais sur la quatrième de couverture de mon exemplaire de « Good Omens », Neil Gaiman et Terry Pratchett insistent sur le fait qu’écrire le livre « n’était pas une grosse affaire ». La chose que nous devrions nous rappeler est que « à cette époque, Neil Gaiman était à peine Neil Gaiman et Terry Pratchett n’était que Terry Pratchett ».

 

Ce n’est pas comme ça que je m’en souviens. Quand j’ai retrouvé De Bons Présages, âgé de quatorze ans, j’avais lu à peu près tout ce que Pratchett avait publié jusqu’à là. L’idée qu’il avait fait équipe avec un hippie gothique pour écrire à propos de la fin du monde semblait à peu près aussi grande que la nouvelle du livre. Au moment où j’ai réalisé que le livre existait en 1991, un an après sa première publication, c’était définitivement une « grosse affaire ». Exceptionnellement pour un soi-disant livre fantastique, il avait reçu des critiques favorables de la part de la presse britannique (à côté de la notedans le Times qui avait généré la citation mémorable de la couverture : « pas tout à fait aussi sinistre que la photo de l’auteur ») – il s’est vendu en énorme quantité.

 

Il avait également été lancé aux États-Unis avec beaucoup de fanfares et encore plus de confusion. Publishers Weekly utilisait le descriptif accablant de « loufoque », tandis que Joe Queenan dans le New York Times semblait furieux de traiter d’une telle importation. Il a d’abord décrit le livre comme un remède contre « la maladie récurrente de l’anglophilie », puis il a ensuite vraiment mis les pieds dedans :

« Good Omens est un descendant direct du Guide du Voyageur Galactique [NDT: The Hitchhiker's Guideto the Galaxy (H2G2) de Douglas Adams], un livre ou un programme de radio ou une industrie ou quelque chose extrêmement surévalué qui est devenu assez populaire en Grande-Bretagne il y a une décennie quand il est devenu évident que Margaret Thatcher serait en poste pendant un certain temps et qu’il allait être difficile de rire ».

Je cite longuement en humble appréciation à quel point nous, les critiques, pouvons nous tromper. Ce fut pire pour Queenan, qui s’est plaint d’un « énervant running-gag sur Queen, un groupe de rock vaudevillesque dont les succès ont été enterrés dans le passé et auraient dû l’être plus tôt ». Ah oui, Queen. Qui se souvient d’eux maintenant ?

 

Mais je ne devrais pas me moquer. C’est en fait une critique assez spirituelle - et le temps embarrasse tôt ou tard tous les critiques. Ma sympathie a cependant des limites. Il est difficile de ne pas ressentir de chagrin quand Queenan écrit : « Il serait évidemment difficile d’écrire un roman satirique de 354 pages sans sortir de quelques bonnes phrases. J’ai compté quatre ».

 

Oh vraiment ? En voici quatre des quatre premiers chapitres :

 

« Dieu ne joue pas aux dés avec l’univers, mais à un jeu ineffable de Son invention, qu’on pourrait comparer, du point de vue des autres joueurs*, à une version obscure et complexe du poker, en chambre noire, avec des cartes blanches, pour des enjeux infinis, face à une Banque qui refuse d’expliquer les règles et qui n’arrête pas de sourire ».

* C’est-à-dire tout le monde [NDT : la note de bas de page n’est pas présente dans l’article, mais la copiste considérait qu’il est impossible de partager un texte de Sir Terry Pratchett, grand expert de la note de la bas de page, sans mettre une de ces fameuses notes de bas de pages].

 

« Même un observateur distrait aurait constaté [que ces maquettes d’avions] étaient l’œuvre de quelqu’un de très minutieux, mais pas vraiment doué pour les maquettes d’avions ».

 

« Milton Keynes est une ville nouvelle située à peu près à égale distance de Londres et de Birmingham (Angleterre). On l’a conçue comme une ville moderne, pratique, saine et, par-dessus tout, agréable pour ses habitants. Ce qui amuse énormément un grand nombre de Britanniques ».

 

« Certains chiens, quand on les rencontre, vous rappellent qu’’en dépit de milliers d’années d’évolution gérées par l’homme un intervalle de deux repas est tout ce qui sépare le chien du loup. Ces chiens avancent d’une démarche assurée, résolue, incarnation de la vie sauvage aux crocs jaunis, à l’haleine puante, tandis que dans le lointain on entend leurs propriétaires bêtifier : “c’est une brave bête au fond, donnez-lui une tape s’il vous embête”, et dans le vert de leurs yeux brûlent et tremblent les feux de camp du Pléistocène… »

 

Celles-ci sont bien plus nombreuses encore, sans compter de beaux gags, des blagues rapides (mais merveilleuses) à propos de Welsh TV et plusieurs longues et magnifiques mise en place qui ne fonctionnent que dans le contexte du livre. J’ai presque tiré un muscle à la fin de la longue séquence se terminant par « Je vais l’appeler toutou », mais vous devez être là. Et j’espère que vous y arriverez, car c’est un livre amusant, peu importe ce que dit Queenan. Voici une cinquième « bonne ligne » :

 

« On comprendra peut-être mieux les affaires humaines s’il est clairement dit que ce ne sont pas des gens fondamentalement bons ou fondamentalement mauvais qui sont à l’origine des plus grands triomphes ou des plus grandes tragédies de l’Histoire, mais des gens fondamentalement humains. »

 

Ce n’est pas simplement amusant, c’est profondément profond. Quel est l’autre gros problème à propos de De Bons Présages ? Peut-être que les gens l’ont acheté pour les plaisanteries, mais je soupçonne que le doux humanisme et l’irrévérence déterminée du roman résonnent autant chez les lecteurs que quelques bons mots. Pratchett et Gaiman sont tous deux capables de bien écrire… Plus à ce sujet la semaine prochaine. Pour l’instant, n’hésitez pas à continuer de prouver que le pauvre vieux Queenan avait tort en postant de vos phrases préférées du livre. Je ne pense pas qu’il y aura une pénurie.

 

Lien vers l'article de The Guardian

 

Merci à Daelf pour les extraits en français de De Bons Présages.

par Linou213