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Les tableaux célèbres et leur parodie

Le cours était initialement destiné à des élèves de 2e en Accompagnement Personnalisé, qui ont déjà quelques notions sur la parodie. Il s'appuie sur des œuvres de Kidby, qui reprennent :

- La Joconde de Léonard de Vinci (1506)
- Le Cri d'Edvard Munch (1893) (spoilers autour du Dernier Héros)
- Une partie du plafond de la chapelle Sixtine de Michel-Ange (1510)
- L'expérience avec un oiseau dans une pompe à air de Joseph Wright (1768)

Rappels sur les principes de l'analyse de l'image fixe et sur la parodie.

Les éléments à repérer en priorité pour analyser un tableau, lorsqu'ils sont présents :
- La technique employée
- Les lignes de force
- Les couleurs
- La lumière
- La présence / absence de personnages (position dans le tableau, en groupe, etc), leur identification (reconnaissables ? un statut social affiché ? etc)
- Immobilité / mouvement
- Position de la ligne d'horizon en cas d'effet de perspective, points de fuite
- Symboles
- Contexte
- Intention(s) de l'artiste

Une parodie, quelle qu'elle soit, doit :
- permettre l'identification de l'original : par la reprise de la structure, d'un élément caractéristique reconnaissable, etc
- détourner l'original dans une intention comique
- rendre perceptible l'intention de l'artiste parodieur.

La Joconde

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1. Le tableau de Léonard de Vinci est sans doute l'image la plus célèbre du monde : symbole de la culture occidentale, de l'art en général, commentée à outrance, entourée d'un nombre incroyable de mystères fantasmatiques (le plus récent délire du genre : Da Vinci code). Sans entrer dans le détail de l'analyse, on remarque :

- L'impression générale qui se dégage du portrait : tranquillité, calme, l'air paisible du modèle.
- La structure générale : 2 plans, un personnage et un décor naturel. Pour le 2e plan, les éléments caractéristiques sont les montagnes et le chemin.
- Le personnage : célèbre pour son sourire. La tenue vestimentaire évoque la bourgeoisie aisée.

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2. La Joconde vue par Kidby.

Paul Kidby reprend ici une référence absolue pour la détourner, avec manifestement 2 intentions majeures.
Rappelons que cette « Joconde », représentant Gytta Ogg en son jeune temps, est présentée comme une œuvre de jeunesse de Leonardo da Quirm, artiste fantasque de la cité de Quirm résidant à Ankh-Morpork, et non comme une simple illustration du Discworld Artbook. En dotant graphiquement le Disque-Monde d'une œuvre proche d'une référence incontournable de la culture occidentale, Kidby donne à l'univers de Pratchett davantage de réalité. Le Disque devient aussi réel que la Terre, puisqu'il a son Léonard et sa Joconde. Il reprend ce principe en détournant aussi le Déjeuner sur l'herbe de Manet, où Leonardo da Quirm se peint lui-même en compagnie de Gytta Ogg.

Maintenant, le tableau lui-même... La posture du personnage (les mains principalement), la couleur de ses habits, le modèle féminin aux cheveux longs, le paysage en arrière-plan rendent immédiatement identifiable la référence à la Joconde. Mais, bien entendu, une dissonance évidente apparaît : le sourire... L'élément essentiel du tableau (même s'il n'est pas le plus remarquable), qui a provoqué le plus de commentaires par son supposé mystère, disparaît au profit d'un sourire éclatant de dents. Pour rappel, jusqu'au 19e siècle, il aurait été fort inconvenant pour un peintre de montrer les dents du modèle sur un portrait : leur caractère érotique (si...) oblige à peindre un sourire modeste. Les photographies jusqu'au début du 20e siècle s'en font l'écho : nos arrière-grands-parents n'étaient pas gens tristes à mourir, mais pas question de laisser entrevoir une dent...

Ce sourire est en outre ouvertement exagéré, même pour un spectateur du 21e siècle qui n'a plus les mêmes tabous culturels. D'autres éléments soulignent ce caractère aguicheur :
- Le sourcil haussé, accentuant l'invite du regard
- La robe laissant l'épaule à nu et dévoilant la naissance de la poitrine (absente sur le tableau original)
- Les cheveux : sur l'original ils sont ondulés mais bien lissés sur la tête. Là encore : les cheveux fous sont signes de frivolité, sensualité,... Et justement, chez Kidby les cheveux de Gytta Ogg s'échappent en petits mèches indisciplinées sur le front.
- Le pichet de bière en étain au premier plan, d'autant plus mis en valeur qu'il est un pur ajout : il ne correspond à aucun objet visible sur le tableau original.

L'arrière-plan, en apparence insignifiant par rapport au personnage, présente en fait des éléments essentiels. Il ressemble à celui du tableau original, mais avec quelques différences notables :
- Les montagnes du Bélier, caractéristiques du royaume de Lancre qui s'accroche tant bien que mal à ce paysage pentu
- Le château de Lancre, perché à flanc de montagne
- Le pont de Lancre, mentionné à plusieurs reprises dans les romans de Pratchett comme un lieu important, notamment dans la lutte contre les elfes

Kidby rappelle à nouveau que le personnage appartient à un univers précis, identifiable (Lancre, les montagnes du Bélier), ayant sa géographie, son histoire. Il ne s'agit pas pour lui de simplement agrémenter le fond de la toile, mais de lui donner un sens en utilisant des lieux identifiables par le lecteur de Pratchett, et de donner toujours plus de réalité à cet univers.

Le cri de Munch

(spoilers autour du Dernier Héros)

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1. L'original

Là encore, sans avoir la notoriété de la Joconde, ce tableau est assez connu et a suscité nombre de commentaires. Le sentiment de vertige causé par la perspective, les lignes courbes et les couleurs ont notamment contribué à sa célébrité. On peut relever, parmi les éléments caractéristiques :

- La posture du personnage : la bouche grande ouverte, les mains plaquées sur la tête
- La façon dont les lignes de force créées par la perspective guident sa course : de mystérieux personnages en noirs se tiennent sur le point de fuite
- Le contraste de couleurs au-dessus et en-dessous de la ligne d'horizon
- Le vertige créé par : le flou du bleu (lac ? rivière psychédélique ? colline + rivière représentées de la même couleur ?), les lignes courbes, le contraste lignes droites / ondulées
- La ligne d'horizon placée assez haut, donnant l'impression que le personnage est dominé.
Quelques interprétations connues :
- les personnages en noir seraient le destin / une fatalité / la mort elle-même, auxquels le personnage affolé ne saurait échapper (une ligne de force les relie)
- le paysage serait une transcription de l'inconscient / la folie du personnage représenté (voire de l'artiste...). Il se fuirait lui-même. Au mieux : la couleur bleue, couleur des profondeurs et ne représentant rien d'identifiable, serait la source de cette panique.

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2. Le cri de Rincevent.

Cette illustration du Dernier Héros est une parodie du tableau de Munch, mais moins évidente que Gytta Ogg / La Joconde. Rappel de la situation : pour sauver le monde (une fois de plus) contre son gré (une fois de plus), Rincevent a embarqué dans une sorte de vaisseau spatial avec le capitaine Carotte, Leonardo da Quirm et le Bibliothécaire. Ce dernier a fait un atterrissage forcé sur la Lune du Disque, provoquant la panique de Rincevent.

On reconnait comme éléments caractéristiques du tableau original :

- La posture du personnage : les mains plaquées, la bouche ouverte, le corps ondulant légèrement
- Une ligne de force oblique, la surface de la Lune, rappelant une des lignes du pont du Cri de Munch
- Les lignes courbes : moins présentes que dans l'original, elles se retrouvent tout de même dans les défenses et la trompe de l'éléphant
- Le contraste des couleurs, mais décalé : il n'est pas délimité par une ligne d'horizon, mais entre Rincevent (vêtu de rouge) et l'arrière-plan (en couleurs froides)
- L'impression de vertige et de panique, semblable au Cri de Munch mais créée par des moyens très différents :
* tout d'abord, Kidby fausse entièrement la perspective. L'horizontale, dans son tableau, est la ligne oblique derrière Rincevent. Ce dernier n'est donc pas à la verticale, mais dans une position oblique que les lois de la gravitation rendent complètement impossible (même sur une lune du Disque Monde).
* D'autre part, l'arrière-plan flou de Munch devient ici un des éléphants porteurs du Disque, figure tronquée mais effrayante. Si Rincevent voit ce qui porte le monde auquel il est habitué, c'est que rien ne soutient ce sur quoi il se trouve... d'où sensation de vertige accentuée.
* L'éléphant en arrière-plan est décalé par rapport à la ligne de force oblique (qui est la « vraie » horizontale), il ne lui est pas perpendiculaire : nouvel élément de déséquilibre
* Le soleil qui passe en arrière-plan achève de déséquilibrer la composition. Sa lumière, trop faible, n'apporte aucune couleur au paysage qui garde son effrayante froideur lunaire.

Un problème jusque-là dans l'analyse : les éléments comiques nécessaires à la parodie semblent faire défaut... Ils sont plus subtils que pour la reprise de la Joconde :

- L'éternel « wizzard » mal orthographié sur le chapeau de Rincevent. Clin d'œil au lecteur, rappel de la couardise et de la nullité du personnage en matière de magie, et de façon générale sa tenue (chapeau et robe miteux)
- L'ondulation du corps se prolonge jusqu'au chapeau, où elle se brise sur la pointe biscornue, ce qui crée un décalage notable par rapport au tableau initial
- Les personnages en noir du tableau de Munch sont remplacés par le sympathique et presque inoffensif trio Carotte / Bibliothécaire / da Quirm, manifestement étonnés par la réaction du sorcier. Leur calme, contrastant avec la panique de Rincevent, ridiculise celui-ci. D'un autre côté, ils sont en partie responsables de sa présence dans l'aventure (surtout Leonardo da Quirm, concepteur du vaisseau). On peut donc bien voir en eux l'avatar burlesque des personnages noirs de Munch : en partie comiques (le Bibliothécaire orang-outang, Leonardo qui sur la Lune ne pense qu'à peindre), ils restent tout de même le symbole du destin fatal de Rincevent. La ligne oblique les lie à lui, de même qu'une ligne courbe partant sous leurs pieds.

Cette reprise parodique par Kidby conserve ainsi des aspects comiques, mais minoritaires : l'intention manifeste est principalement de rendre la panique (justifiée) du personnage et l'impression de vertige, dans un contexte très différent du tableau originel.

Rencontre d'Adam et de son créateur

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1. L'original.

Michel-Ange peint le plafond de la chapelle Sixtine après commande du pape Jules II. Cette partie, la plus célèbre, représente l'instant où Dieu va donner vie à Adam, et a donné lieu à de nombreux commentaires. Pour l'essentiel :

- La composition : 2 mondes sont manifestement en présence, chacun dans une sphère séparée.
- Le monde divin : Dieu, entouré d'anges et autres (les créatures l'entourant, d'apparence humaine, ne se distinguent pas les unes de autres, aucune n'a d'individualité), domine Adam. Une étoffe pourpre (signe de pouvoir) délimite un ovale autour de lui. Le bras et l'index tendus sont aussi symboles de pouvoir.
- Le monde terrestre est celui d'Adam. Il est délimité par la terre elle-même. Adam est nu et dominé, de par sa position allongée et alanguie, par Dieu. Le bras est mollement tendu, sans volonté.
- La rencontre des doigts : c'est l'élément fort de l'image. Symbole de la toute-puissance divine, capable de donner vie ; moment magique et insaisissable, au point que Michel-Ange ne représente pas les doigts en contact, mais l'instant qui précède : le mystère de la vie échappe à l'artiste lui-même.

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2. La rencontre des dieux et de Cohen le Barbare.

Cette illustration vient, comme le Cri de Rincevent, du Dernier Héros, mais tout comme la Joconde-Gytta Ogg elle est censée être l'œuvre de Leonardo da Quirm, à son retour de Dunmanifestinne. Là encore, on retrouve la volonté de Kidby de doter le Disque d'un art « autonome », propre à son univers, mais restant aussi lié au nôtre que l'univers de Pratchett l'est à la Terre. Le message du tableau est radicalement différent de celui de Michel-Ange.

- La composition : elle est identique à l'original. 2 mondes, dans 2 ovales séparés, l'un divin, l'autre terrestre (ou du moins : humain)
- Le monde divin : il ne se compose pas d'un dieu unique, mais des principaux habitants de Dunmanifestinne, entourés d'une étoffe rouge (toujours signe de pouvoir, mais moins que le pourpre). Figure centrale, Io l'aveugle est vêtu d'une toge évoquant moins la drapure du Dieu de Michel-Ange que celle des dieux grecs (le motif doré sur le bord y fait penser), et doté du marteau de Thor ainsi que du crâne / verre, clichés de la mythologie nordique. Il est à lui seul un syncrétisme de cultures sans lien. Ses yeux flottant autour de lui réduisent en partie la sacralité de la scène.
Les dieux qui l'entourent forment un ensemble hétérogène, dont la disparité crée un effet comique. Des dieux d'allure égyptienne côtoient des dieux plus hellénistiques, dont l'un est ivre et se désintéresse de la scène (à droite). Io lui-même tient un verre... En revanche, cette accumulation de dieux montre leur puissance : ils sont tous présents, face à un homme seul (alors que le Dieu de Michel-Ange n'est accompagné que de figures anonymes et purement décoratives)
- Le monde humain : Cohen le Barbare est représenté dans la même posture qu'Adam. Mais il contraste nettement avec l'original : son âge (accentué par sa barbe démesurée, qui prolonge et souligne dans une ligne courbe le geste du bras), sa maigreur, ses habits empêchent toute confusion. Il est un avatar grinçant du premier homme : la beauté plastique peinte par Michel-Ange n'a subsisté que chez les dieux.
- La rencontre des doigts : ... Kidby la met en valeur par un halo lumineux absent de la représentation de Michel-Ange. Io l'aveugle fait le même geste que le Dieu créateur de Michel-Ange. Geste impératif de puissance, qui prend ici une nette connotation d'accusation (l'index pointé dénonce celui qui voulait détruire les dieux), mais l'absence de rencontre des doigts peut prendre un tout autre sens. Nous ne sommes pas à l'instant qui précède le contact magique chez Michel-Ange : le geste de défi grossier de Cohen semble arrêter les dieux. Chez Michel-Ange, Dieu va toucher l'homme, et lui donner vie. Chez Kidby, Io ne va pas pouvoir atteindre Cohen, qui le repousse par son geste de colère. La barbe prolongeant le geste en rappelle les raisons : Cohen reproche aux dieux de l'avoir laissé vieillir, et non pas mourir jeune et en pleine gloire.

L'hommage de l'artiste à la toute-puissance divine, la soumission de l'homme à la sphère du divin mise en scène par Michel-Ange sont ainsi retournés par Kidby : le contraste entre les deux tableaux souligne la force de la révolte de Cohen le Barbare, défiant les dieux.

Expérience avec un oiseau dans une pompe à air

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1. L'original.

Il mérite sans doute une présentation plus longue que les tableaux précédents, étant moins connu.

- Contexte : le tableau est à resituer au siècle des Lumières français (en plein 18e, donc). Il représente une expérience visant à montrer l'utilité (voire tout simplement l'existence) de l'air : l'oiseau est placé dans une sphère hermétique, reliée à une pompe à vide. Lorsque cette dernière aspire l'air, l'oiseau commence à s'asphyxier, ce qui prouve la présence dans l'air (dont la composition, à cette époque, est inconnue) d'un élément essentiel à la vie, et l'impossibilité de survivre dans le vide. Les Lumières, en accordant beaucoup d'intérêt aux sciences, voulaient accéder à une connaissance du monde détachée de toute explication religieuse, connaissance fondée sur l'expérience et la raison, connaissance à partager.
- Composition : le tableau s'organise autour d'un personnage central en structure pyramidale, dont les lignes de force sont tracées par les différents personnages environnants. On constate la constitution de plusieurs groupes, dont l'ensemble est représentatif de la démarche des Philosophes des Lumières. Dans l'ensemble, leur tenue les rattache à la bourgeoisie aisée et la petite noblesse (les perruques), sauf le personnage central qui conduit l'expérience (le « philosophe »), en tenue plus négligée.
- 1e groupe : à gauche, 4 personnages. 2 d'entre eux observent : l'observation du réel est la 1e étape dans la construction du savoir. (les autres discutent manifestement, le dialogue / l'échange est un processus essentiel pour les philosophes des Lumières)
- 2e groupe, à droite : l'homme assis, tête inclinée. Il représente la 2e étape : la réflexion (à la lumière de l'expérience / la raison)
- 3e groupe : l'homme debout expliquant aux deux enfants effrayés par l'expérience. 3e étape : la transmission du savoir. Il ne faut pas se détourner des réalités enseignées par la raison, mais les accepter ; pour cela ceux qui savent doivent partager leur science.
- Le garçon à droite : on ne sait s'il finit d'ouvrir la cage de l'oiseau (symbole : libération du savoir) ou s'il ferme le rideau sur la nuit (symbole : refuse l'obscurité de l'esprit, l'obscurantisme).
- Le personnage central : il domine tout. Sa robe de chambre rouge le met en valeur ; son aspect débraillé le distingue des autres participants : dépourvu de perruque, il n'appartient pas à la noblesse. C'est l'accession du Tiers-Etat (du moins, la bourgeoisie) à la connaissance. Maître de l'expérience, il invite du geste et du regard le spectateur du tableau à participer à un processus dont il a la pleine maîtrise.
- La source de lumière est difficilement identifiable, dissimulée par un globe translucide. Cela donne à l'expérience un caractère surnaturel ; cette lumière qui éclaire la scène (et chacun des visage, à chacune des « étapes ») est celle de la Raison.

Ce tableau est donc une manière de montrer le triomphe de la Raison, la lumière de l'esprit éclairant une expérience productrice de savoir, s'opposant à l'obscurantisme de la superstition (rappelons que tout cela est à replacer dans le contexte des Lumières...). Le Philosophe des Lumières accède à la connaissance du monde, la fait partager, dans une démarche réfléchie qu'il maîtrise parfaitement.

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2. Expérience avec une planète dans une pompe magique...

Kidby a quelque peu pris le contrepied du message initial pour cette illustration de la Science du Disque Monde...

- Contexte : pour évacuer un surplus de magie qui pourrait faire exploser l'Université de l'Invisible, les mages ont créé un monde, qui ressemble étrangement à la Terre... Ils l'observent derrière une sphère de protection qui l'isole de l'environnement discal, et surtout des doigts curieux des mages (l'un d'eux est déjà allé touiller le nuage galactique pour voir ce qu'il en résulterait). Ils regardent ce monde étrange évoluer sans rien y comprendre, Ridculle s'efforçant de trouver une utilité à cette expérience étrange. Nulle science ici, uniquement de la magie et du tripatouillage.
- Composition : strictement identique à celle du tableau original. Structure pyramidale, mettant l'expérience et Ridculle au centre.
- 1e groupe : à gauche, 3 personnages (au lieu de 4. Mais les mages sont bien nourris, 2 prennent de la place pour 3...). La femme du tableau de Wright est reprise par Kidby, on suppose qu'il s'agit de Mme Panaris. Les 2 mages observent en silence.
- 2e groupe : le mage assis est presque entièrement dans l'obscurité. Rien ne vient éclairer ses pensées. Ce n'est pas très bon signe pour la clarté de la réflexion qui en résultera... Il semble d'ailleurs plus concentré sur sa pipe que sur l'expérience elle-même.
- 3e groupe : le terrible trio, Cogite Stibbons – le Bibliothécaire – l'Econome. Les deux premiers font écho, par leur terreur, aux enfants effrayés du tableau de Wright. Mais les rôles sont inversés : celui qui reste tranquille, voire manifestement heureux (et pas du tout concerné par l'expérience : il est le seul du tableau à regarder le spectateur) est l'Econome, un fou notoire. Cogite et le Bibliothécaire, réputés pour leur bon sens, sont terrifiés. Et le Bibliothécaire ne trouve que l'Econome auquel s'agripper : le bon sens côtoie la folie de très près...
- Le mage à droite : il ferme le rideau sur la nuit extérieure.
- Ridculle : il conduit l'expérience, mais à sa manière... Il ne s'y consacre pas entièrement (il tient toujours de la main droite son arbalète, rappelant quelle activité l'intéresse presque exclusivement...), et Cogite Stibbons (le seul « sensé » du tableau avec le Bibliothécaire, et le seul mage du l'U.I. ayant un statut scientifique) tend une main désespérée vers la Terre. A noter : Cogite est vêtu différemment (sa robe est verte), de même que le Philosophe du tableau de Wright. Scientifique + se distinguant des autres : c'est lui qui devrait mener l'expérience, pas Ridculle. Kidby crée donc un décalage supplémentaire avec le tableau de Wright.
- La source de lumière : parfaitement identifiable, et bien peu rassurante. Nous retrouvons les fameuses bougies coulantes de l'U.I., évoquant obscure magie, voire nécromancie (le crâne voisin s'en fait l'écho). Ce n'est en aucun cas la raison qui préside à l'expérience... Le crâne, rajouté par Kidby, est aussi une référence aux tableaux de vanités : il rappelle le caractère éphémère et périssable du monde, sa fragilité... La Terre dans son globe peut s'inquiéter.

Le tableau de Kidby est ainsi une parfaite parodie de celui de Wright : il montre un monde gouverné par une magie hasardeuse, où le bon sens n'a pas sa place, si ce n'est pour claquer des dents...

par Mirliton