Terry Pratchett : ses tournées de dédicaces, l'écriture et l'enseignement à un PC

 

 

2010-10-02-sfx200

En plus de répondre à vos questions dans le dernier numéro, l'auteur du Disque-monde a participé à un tchat sur SFX au cours duquel il a parlé de beaucoup d'autres sujets, par exemple comment apprendre le mot "arsehole" (NdT: "trou du cul") à un ordinateur.

SFX est en vente maintenant pour la dernière semaine. A l'intérieur vous trouverez une interview du très populaire romancier - et rédacteur d'un jour invité de SFX - Terry Pratchett, dans laquelle nous avons inclus vos questions pour lui. Mais nous avons passé beaucoup de temps avec Sir Terry cet été, et voici quelques unes des autres choses fantastiques dont nous avons discuté:

 

 

 

Sur les auteurs de fantasy et de SF les plus influents

"Ma tête est pleine de tellement de trucs que j'ai lu quand j'étais petit! Je me souviens de tous les noms qu'il serait impensable d'enlever de n'importe quelle liste des auteurs importants. Asimov, Clarke, Heinlein, Philip K. Dick.
Et puis il y a des gens comme Jack Vance qui ont tendance à se déplacer en avant et en arrière entre la science-fiction et la fantasy, bien que tout soit écrit dans le même ton.
The Dying Earth (NdT: "Terre mourante", dont la couverture chez Pygmalion a justement été illustrée par Marc Simonetti, le nouvel illustrateur du Disque-monde chez Poket) a été très, très important parce qu'il a un peu inventé une grande partie du langage dans lequel la fantasy a été écrite par la suite. J'ai lu J.R.R. Tolkien à l'âge de 13 ans, je crois, mais j'ai lu beaucoup d'autres choses avant lui!

Les histoires s'appuient sur d'autres histoires, c'est ce que nous faisons tous. Et si tout le monde vole tout le monde alors ça fonctionne plutôt bien. Parce que ce qui se passe c'est que cette matière rebondit et devient meilleure, au fur et à mesure que les gens explorent comment faire les choses! Même Donjons & Dragons a changé le langage de la fantasy parce qu'ils voulaient faire certaines choses - et ensuite les écrivains ont été influencés par D&D. Tout le monde influence tout le monde - c'est mieux de le dire comme ça plutôt que "voler"..."

 

Sur la dictée de ses romans

"En ce moment c'est un peu difficile d'écouter de la musique quand je travaille parce que je dois dicter à l'ordinateur, j'ai tellement de mal à taper maintenant. J'utilise Talking Point, qui est le meilleur de Dragon Naturally Speaking.

Il apprend de vous - et pas le contraire. J'ai passé 45 minutes à lui lire un livre. Il se trouve que c'était Arthur C. Clarke, probablement pas un bon choix en la circonstance! Tonton Arthur est difficile à lire à voix haute. Il le transcrirait en équations!
Le logiciel sait à quoi tous ces mots dans cet extrait peuvent ressembler. Il sait que c'est comme ça que vous prononcez les syllables. J'ai une voix comme celle de David Bellamy (NdT: un botaniste, d'ailleurs aussi barbu que Pterry) sous une décharge électrique, mais il sait comment je prononce des syllabes particulières.

Ensuite on a déversé tous mes livres du Disque-monde dans l'ordinateur pendant la nuit et il les a digérés et il a des algorythmes qui le rendent capable de déduire en gros à quoi les mots peuvent ressembler à l'oral. Simplement parce qu'il sait comment certaines formations de lettres sont censées être prononcées.Le résultat est que je dois rarement lui présenter un nouveau mot. J'ai eu à lui apprendre le mot "arsehole" (NdT: "trou du cul"). Je l'ai tapé, souligné, et répété trois fois.
Il a ses petits caprices. J'essaye de ne pas aller trop vite pour lui, parce que s'il y a une erreur, tout refaire en revenant en arrière pour changer quelque chose peut être assez casse-pieds. Je parle en longues phrases pensives. C'est bien, ça me semble naturel, on s'y habitue."


Sur la quête de ses fameux chapeaux

J'ai fait une fois une séance de dédicaces dans une petite ville où on s'attend pas à voir de séances de dédicaces en temps normal. C'était un petit endroit autosuffisant. Et la librairie avait été un magasin de confection pour hommes auparavant et il y avait toujours, dans le bureau du gérant, la machine à étirer les chapeaux! Et je venais juste d'avoir un nouveau chapeau et il était un peu serré. J'ai proposé de lui acheter la machine mais il ne voulait pas la vendre - mais il l'a descendue, et pendant que je faisais mes dédicaces j'y ai mis mon chapeau, et même encore maintenant j'en ai le frisson. Il ne faut pas le déchirer! Juste un petit tour. J'ai dit au photographe du journal local que voir tous ces gens me donnait tellement la grosse tête que je faisais élargir mon chapeau!"


Sur les tournées de dédicaces en Amérique

"Mon premier éditeur amércain m'avait donné des mauvaises couvertures, des tirages de mauvaise qualité, mon nom mal écrit sur chaque page... mes livres ne partaient pas, aux USA! J'ai été aux conventions et j'ai eu de grandes files d'attentes... de gens qui amenaient leurs exemplaires britanniques à faire dédicacer. Les choses ont commencé à changer quand Ralph Vicinanza est devenu mon agent.

Les premières tournées américaines marchaient comme ça: vous vous rendez d'une ville à une autre par vos propres moyens, et vous êtes récupéré par un garde du corps quand vous arrivez dans la ville. Et le garde connaît les librairies et autres endroits où vous allez faire vos dédicaces, et à la fin de la journée ils vous ramènent juste à l'avion. Une fois que vous êtes passé à la vérification vous êtes tout seul! Je me suis toujours dit: "C'est ridicule. Ca veut dire que si quoi que ce soit se passe mal après ça, si l'avion est reporté, je suis foutu."
Vers l'année 1996 j'ai fait une tournée de dédicaces infernale, absolument rien à manger, la plupart du temps volant d'un centre à un centre, arrivant tard aux hôtels et ne trouvant aucune aide.

Mais plus tard, avec un nouvel agent, un nouveau correcteur et un nouvel éditeur et des nouvelles couvertures, les livres ont commencé à se vendre. En 2000 ils m'ont invité à venir pour faire une autre tournée de dédicaces, et ça s'est passé incroyablement bien.

La pire étape de la tournée de dédicaces de 2000 était mieux que la meilleure étape de ma précédente expérience de 1996. Seattle a toujours été une grande scène pour moi. Toujours.
J'ai toujours eu la plus grande part de visiteurs ici, plus qu'à New York! La librairie qui fait ça, tenue par Tall Dwayne, attire toujours les clients de tout l'état. Le personnel de Microsoft de Redmond peut-être! Les USA en général sont maintenant très bien pour moi. J'ai été invité d'honneur à la WorldCon il y a un an ou deux en Amérique et les fans étaient brillants.

 

Sur l'inspiration du livre hors-Disque-monde Nation

"J'ai commencé à avoir l'idée environ six mois avant le premier grand tsunami asiatique. Et c'est certifié parce que j'ai un témoin! Sarah LeFanu (qui a écrit un livre sur comment écrire de la science-fiction et de la fantasy) a fait ma connaissance une fois où je faisais des dédicaces à Waterstone.
Et c'était le jour où j'ai dit: "il faut que j'écrive ce livre!" et elle a dit: "ça a l'air génial, j'espère que vous le ferez." Et elle est mon témoin pour certifier que je n'ai pas écrit Nation d'après le terrible tsunami de 2004. Tout est basé sur Krakatoa bien sûr - il y a quelques similitudes. Après le tsunami je l'ai mis de côté pour un temps parce que je ne voulais pas que les gens pensent que j'exploite l'évènement.
Et puis ça faisait un an ou presque et je me suis dit: "Au diable tout ça, il faut que je le fasse." Je me suis identifié au livre, d'une certaine manière! Je ne sais pas pourquoi. Mau est un personnage tellement bon, on passe tout notre temps dans sa tête, et on sait que cet enfant est à un pas de devenir vraiment fou - c'est une bonne matière à travailler."