Portrait de Patrick Couton, traducteur français du Disque-Monde

Traduire Terry Pratchett n'est pas une chose facile mais Patrick Couton, musicien et traducteur, se démène avec les jeux de mots et calembours de l'auteur anglais pour le plus grand plaisir des lecteurs français.

2010-11-19-patrcout

Les premiers pas dans son appartement nantais offrent déjà des surprises: le mur de l'obscur couloir qui mène à sa cuisine est couvert de livres: principalement des polars alors que la partie science-fiction et fantasy se trouve dans son salon.

"Au début, je voulais devenir interprète parce que j'aimais les langues et je voulais voyager à droite à gauche", dit-il. "Je me suis donc inscrit dans une école d'interprétariat-traduction à Tours et, pendant trois ans, je n'ai rien fait. Je passais mon temps avec mes amis ou à jouer de la guitare."

Après l'annulation des examens à cause de Mai 68, Patrick Couton revient sur Nantes, la ville de ses années de collège et lycée, où il devient musicien. Il y rencontre Pierre Michaut, qui, à cette époque, venait d'ouvrir sa librairie et maison d'édition "L'Atalante", et ils deviennent amis.

"Quand Pierre a commencé à publier des livres, et comme il savait que j'avais étudié la traduction, il m'a demandé de lui traduire un livre, et j'ai accepté. C'était une autobiographie de Jim Thompson. Le livre et ma traduction ont eu une bonne critique dans Le Monde, j'ai donc continué. Mon premier travail sur un livre de Fantasy a été le Corum de Moorcock."

Après plusieurs années a traduire des écrivains comme Orson Scott Card (Les Chroniques d'Alvin le Faiseur) ou Brian W. Aldiss, Patrick Couton se met a travailler sur la saga du "Disque-Monde" de Terry Pratchett avec La Huitième Couleur, paru en 1992. "Pierre Michaut m'a demandé si j'étais intéressé. J'ai lu le livre et j'ai dit oui." A ce jour, Patrick Couton a traduit plus de 40 livres de Terry Pratchett.

Il explique: "Le plus gros problème est de retranscrire tous les jeux de mots et les références. Il y a beaucoup de citations en référence à des choses typiquement anglaises. Je soupçonne même la majorité des lecteurs anglais de ne pas voir toutes les subtilités. J'essaie donc de trouver des citations équivalentes chez des auteurs français. Je fais la même chose avec les références aux chansons."

"Il me faut environ quatre ou cinq mois pour traduire un livre. J'ai une façon particulière de travailler: contrairement à la plupart des traducteurs, je ne lis pas les bouquins avant de les traduire. Cela me donne envie de connaître la suite. Si je lisais le livre au préalable, je verrai toutes les difficultés qu'il y a à surmonter et cela me découragerait."

Patrick Couton est aussi musicien et partage son temps entre la musique et la traduction. "Le fait d'être musicien m'aide, on parle de rythme autant en écriture qu'en musique."

Il a rencontré Terry Pratchett en une seule occasion, quand l'auteur britannique est venu à Nantes pour le festival de science-fiction "Les Utopiales"; il est donc difficile de parler d'intimité entre les deux hommes : "Il doit être assez timide, et moi aussi" dit Patrick Couton, "mais je le connais sûrement bien plus qu'il ne me connaît moi."

Monsieur Couton a reçu deux prix lors de festivals pour son travail sur "Le Disque-monde". Sur Facebook, deux groupes de fans ont été crées pour le remercier. "Ça fait plaisir", dit-il. "Un jour, j'ai lu sur internet qu'une lectrice anglaise du "Disque-monde" et bilingue avait lu une de mes traductions. Elle avait apprécié mon travail et les avait ensuite tous rachetés en français."

Il est aussi un grand lecteur même s'il avoue : "je ne lis plus beaucoup ces temps-ci". Au collège, Thomas Narcejac (écrivain français de polar et moitié du duo Boileau-Narcejac) était son professeur de Français-Latin. "J'ai commencé avec les romans policiers car j'avais un auteur de policiers en prof de Français au collège. Il prêtait ou même donnait des livres aux bons élèves. Il m'en a prêté, mais pas souvent."

Portrait réalisé à la suite d'une interview donnée en Juillet 2009.