Interview de Lionel Davoust

Pour le fanzine d'une communauté de lecteurs sur le web, la bloggueuse Lelf a écrit un article-dossier intitulé: La Fantasy en France, un marché en pleine mutation.
Elle s'est reposée sur plusieurs éléments pour parler de ce sujet si intéressant, et c'est ainsi qu'entre autres, elle a interviewé Lionel Davoust - qui est, rappelons-le, le co-traducteur des tomes de Science du Disque-monde.

Elle a très gentiment accepté que nous reprenions l'intégralité de cette interview sur notre site, que nous partageons avec vous ici.

 

 

 

Passionné par l'écriture dès qu'il fut en âge de tenir un crayon, le jeune Lionel décide dans un premier temps de suivre la voie d'une autre de ses passions : la biologie marine. Mais une fois un double diplôme d'ingénieur en poche, il décide de tenter l'aventure littéraire. Il devient traducteur et publie ses premières nouvelles. Son travail est finaliste de plusieurs prix tels que le Prix Rosny Aîné (Tuning Jack, 2005) ou le Grand Prix de l'Imaginaire (L'Île Close, 2009) et il remporte en 2009 le Prix Imaginales pour sa nouvelle L'Île Close, qui sera traduite et publiée aux Etats-Unis dans l'anthologie Interfictions 2. Son premier roman, La Volonté du Dragon, paru cette année aux Editions Critic, remporte un succès mérité en étant finaliste de trois prix.

Son expérience en tant qu'auteur, traducteur et anciennement rédacteur en chef de revue, lui permet d'avoir un recul intéressant sur le marché de l'imaginaire en France. Il a gentiment répondu à quelques questions concernant la Fantasy, thématique du LivraddictMag n°3, sur son travail et le marché en général. Merci à lui.

 


Lionel Davoust au festival Étonnants Voyageurs 2010,
en train de signer son recueil :
L'Importance de ton regard (éd. Rivière Blanche)

1. Qu'est-ce qui t'attire dans l'écriture de la fantasy ?

Les horizons purement illimités offerts par le genre – quoique j'en aie une définition peut-être un peu plus large qu'il n'est couramment admis. Pour moi, la fantasy met en scène un monde imaginaire régi par un ensemble de règles claires, infranchissables, et empreintes de merveilleux – la magie au sens le plus large. Dans ce contexte, toutes les créations sont possibles, en terme de visions vertigineuses, d'émotions, de poésie, et l'on peut y immerger l'être humain dans sa variété, ses contradictions, ses faiblesses et ses forces, afin d'en tirer de grandes et belles histoires.

2. Qui sont les gens qui te lisent, pourquoi aiment-ils tes oeuvres fantasy? Peux-tu faire des hypothèses sur ce qui attire les lecteurs dans la fantasy ?

Il est assez difficile de définir son lectorat – auteur est un métier plutôt solitaire – mais, à en croire les retours et les interactions que j'ai pu avoir, je crois être suivi par une proportion non négligeable de nouveaux venus au genre en plus des passionnés.

Il est encore plus ardu de répondre à la seconde partie de la question sans avoir l'air parfaitement imbu de soi-même, mais je vais essayer quand même. Il semble que ce qui les attire les lecteurs qui me suivent, c'est un effort pour construire une histoire convaincante qui s'efforce de toucher la sensibilité dans des mondes fondés sur des paradigmes un peu dingues, voire absurdes, et d'oser pousser l'expérience jusqu'au bout. Du moins, quand je réussis mon coup...

Comme disait Audiard, les cons, ça ose tout :-)


La Volonté du Dragon (éd. Critic), L'Île Close dans De Brocéliande en Avalon (éd. Terres de Brume)

3. Que penses-tu du marché de la fantasy en France aujourd'hui et de son évolution ces dernières années ?

C'est amusant parce que je dirigeais la revue de fantasy Asphodale il y a un peu moins de dix ans : à l'époque, nous faisions partie de ceux qui militaient pour que la fantasy soit reconnue comme un genre productif, à la fois divertissant et intelligent, et non comme une sous-littérature.

Aujourd'hui, cela a énormément changé : nul ne peut plus douter de son importance, de sa vitalité et surtout de sa diversité ; elle est entrée aux palmarès des meilleures ventes, à l'université, génère les plus gros cartons du cinéma, contamine la littérature générale, etc. Les éditeurs se sont multipliés et le marché s'est considérablement élargi. On aurait pu craindre un étouffement du marché sous une vague de quêtes initiatiques médiévales-fantastiques dans la veine de Tolkien, mais les auteurs ont su (et continuent à) s'affranchir du modèle pour proposer des mélanges inventifs et des inspirations nouvelles ; le courant serait presque en passe de devenir un "méta-genre" avec de la fantasy humoristique, d'aventure, romantique, urbaine, etc. Le lectorat semble également accompagner ce cheminement en étant prêt à jouer le jeu de mondes de plus en plus baroques et audacieux.

Hélas, comme souvent dans l'imaginaire, ce sont encore les Anglo-américains qui tiennent le haut du pavé, alors que les francophones sont largement au niveau, avec un style et des thèmes personnels qui mériteraient de toucher un plus large public. Les habitudes, d'achat des lecteurs comme de communication de la chaîne du livre, évoluent lentement, et on ne peut qu'espérer que la tendance se poursuive.

 

( Livraddict Mag n°3)